Historique

Chapitre premier

 

Les voiliers ont changé à deux reprises le destin du Québec. Une première fois, en 1760, quand le chevalier François de Lévis et le gouvernement James Murray, l’un vainqueur et l’autre assiégé dans la capitale, virent la frégate Lowestoffe précéder les vaisseaux de guerre britanniques. Ce fut le signal de la chute de la Nouvelle-France.



Une deuxième fois, en 1776, quand le gouvernement Guy Carleton, assiégé lui aussi comme Murray dans le Québec, vit paraître le premier vaisseau de la flotte de secours, la frégate La Surprise; alors le général Benedict Arnold, à la tête des fils de la Liberté, dut retraiter. Ce qui mit fin au rêve d’union du Québec avec les autres colonies britanniques en rébellion contre la Grande-Bretagne.



Cette suprématie sur les mers du globe valut entre autres, au gouvernement anglais, de conserver la Nouvelle-France et d’insérer celle-ci dans l’Empire. Le long règne de la reine Victoria constitue un Commonwealth que ceinture une flotte qui domine sans conteste les océans. C’est dans ce contexte que la souveraine décide de grouper en fédération ses colonies d’Amérique du Nord en 1867.

Majesté du fleuve

Comme le célèbre écrivain Rudyard Kipling, tout Anglais était fier de cet Empire; il en tirait un orgueil qui lui faisait penser que la terre entière était son domaine. Comme l’empire reposait sur la flotte, tout Anglais, même le plus humble habitant des colonies se croyait l’âme d’un marin.



Pour les Québécois d’origine britannique, 1867 paraissait une année magique. La Confédération canadienne ouvrait des possibilités formidables, en faisant éclater les frontières des diverses provinces. D’un océan à l’autre, un pays se dessinerait. Prise en main par d’audacieux marchands anglophones, Montréal vivait à plein sa révolution industrielle. Les moyens de communication prenaient le visage des locomotives et des bateaux à vapeur.



Le fleuve grouillait de navires venant du monde entier. Le port de Montréal bourdonnait d’activités, et même l’hiver, une liaison avec Portland, grâce au train, permettait le maintien d’un certain trafic. Le grand Tronc étendait partout ses voies ferrées. Devant une telle animation du port, comment un bon Anglais n’aurait-il pas souhaité voguer lui aussi sur les flots, même s’il était muré dans un travail sédentaire fastidieux. Comment ne pas désirer sortir de sa routine et parcourir ce vaste fleuve. Juste en face du port, il y a Longueuil et sa baie attirante...

Fonder un club nautique

Dans l’euphorie de la naissance de la Confédération, des notables décident en 1867 de fonder un club nautique à Longueuil, le Longueuil Boating Club. On n’avait pas attendu cet événement politique pour y pratiquer les sports aquatiques. Par exemple, le journal Le Canadien, de Québec, le 17 sept 1845, rapportait que des régates avaient eu lieu dans la baie de Longueuil. Ce dont le Herald, de Montréal, donnait force détails. Cette fois, un club nautique surgissait pour structurer l’action.



Organisé en 1867, ce ne fut que le 8 sept 1868 qu’une constitution et des règlements furent adoptés, lors d’une réunion des sociétaires chez le député-maire de Longueuil Gédéon Larocque.

Premier commodore

À cette occasion, on élit comme commodore le capitaine Édouard Lespérance, un vétéran de la navigation, ancien conseiller municipal et scolaire. Les autres membres du conseil d’administration sont le Dr Charles Brewster, vice-commodore;J.Reid Harris, secrétaire; W.J.M.Jones, trésorier; H.Cotte, le Dr Gédéon Larocque, John Falkner, Henry J.Gear et B.S.Curry, directeurs.



Les points les plus importants de la constitution de 1868 concernent les pouvoirs du conseil d’administration et de l’assemblée générale. Le premier a le contrôle complet de l’argent du club, peut combler les vacances survenant dans son sein en cours de mandat, et a le droit de convoquer une assemblée spéciale quand il le juge à propos.



Par ailleurs,«tout règlement de la constitution ou statut du club peut être annulé ou modifié, ou un nouveau règlement passé, à toute assemblée générale des actionnaires, où les deux-tiers des actions payées seront représentées.» Il est de plus précisé que les réunions du conseil d’administration ou les assemblées générales devront se tenir dans le village de Longueuil.

Les fondateurs

Le club comptait alors vingt-neuf membres dont voici la liste, abstraction faite du conseil d’administration déjà cité: John Barry, R.Campbell, E.C.Barton, Robert Peddie, Fish, Isidore Hurteau, B.G.Young,Thomas Watson, James McDonald, John Spence, F.Rogers, W.Campbell, Charles A.Pratt, Duncan McDonald, John Smith, George Chapman, A.-A.Boudreau, George H.Kernick, F.J.McClure, J.C.Barton.



La répartition des parts s’établissait ainsi: Falkner, Brewster, Cotte, Barry, Campbell, Lespérance, Barton, chacun cinq parts; Chapman, Boudreau, Kernick, Peddie, Spence, chacun deux parts; les autres, trois parts.

Le plan du commodore

À sa Réunion du 8 septembre, l’assemblée générale avait requis du conseil d’administration de faire bâtir durant l’hiver 1868-1869 un hangar à bateaux à un coût n’excédant pas 500$ et qui devait être déménagé dans le voisinage du quai de Longueuil. Les dirigeants avaient aussi la tâche d’acheter «l’un des meilleurs canots à quatre avirons», qui devait être disponible à la fin de mai de la prochaine saison.



Un mois plus tard, à la réunion du conseil, le 12 octobre, le plan du hangar à bateaux est présenté par le commodore Lespérance. L’abri sera posé sur un bateau plat de 12 pieds par 50; cet abri mesurera 20 pieds par 50 et aura une hauteur de 16 pieds. À ce hangar seront attachées des chaînes atteignant la plage: les bateaux seront liés à ces chaînes. Un passage en planche conduira au hangar. Ce plan est accepté et sa réalisation en est confiée au commodore, au Dr Larocque, à Harris et Jones.

Un bel héritage

Mais le commodore ne pourra participer à cette construction. Il meurt au mois de novembre suivant. Les bateaux de la Compagnie de navigation de Longueuil et de la Compagnie du Richelieu - la plus grande entreprise de transport fluvial sur le Saint-Laurent - mettent leur pavillon en berne.


Le Longueuil Boating Club était toutefois lancé et bien lancé. Le plan du hangar à bateaux du capitaine Lespérance prendra forme tel que prévu en 1868: une maison bâtie sur un chaland amarré au pied de la rue St-Jean; on l’utilisera jusqu’en 1878.

Abandon du Grand Tronc

Au moment où se fonde le club nautique, le village de Longueuil vient d’être abandonné par Grand Tronc. Depuis 1852,cette compagnie ferroviaire en avait fait son terminus. Mais l’inauguration du pont Victoria, le 25 août 1860,devait marquer le démantèlement des installations longueuilloises en faveur de Pointe-St-Charles où aboutissait le pont. Le Grand Tronc avait amené la prospérité à Longueuil; quelque trois cents cheminots y travaillaient. Le départ de la compagnie diminua la population de moitié.



Vers 1867, le village de Longueuil compte trois cent seize maisons occupées par 461 familles et 27 boutiques. La rue St-Charles est la voie principale; le chemin de Chambly, qui lui est perpendiculaire, est l’une des plus anciennes et des plus importantes routes de la province.

L’esprit de tolérance

Malgré son départ de Longueuil, le Grand Tronc avait créé un esprit d’ouverture et de tolérance qui n’était pas près de disparaître. Durant toute une décennie, la population avait côtoyé les voyageurs - les notables de tout le pays - qui allaient et venaient entre les États-Unis d’Amérique et l’Europe. De plus, des employés du Grand Tronc, de confessions protestantes s’étaient installés à Longueuil où le seigneur leur avait fait construire une petite église.



La communication avec Montréal se maintient à l’aide des bateaux à vapeur. Longueuil et sa baie avaient fasciné plus d’un Montréalais anglophone qui furent parmi les fondateurs du club nautique. À Longueuil, le fleuve faisait de nouveau un clin d’oeil à l’aventure.

 

Chapitre 2

 

Le club nautique de Longueuil était fondé depuis moins de trois ans quand il eut à affronter en 1870 une vive concurrence qui conduisit à une fusion et au choix de patrons d’honneur prestigieux. Sur cette lancée, le Boating Club de Longueuil entreprit des activités qui éblouirent les contemporains qui en furent témoins.

La succession

Ce fut des directeurs, H. Cotte, qui prit la succession du capitaine Lespérance comme commodore en 1869. Le Dr Larocque demeura dans le conseil auquel s’adjoignit le notaire Isidore Hurteau, du journal La Minerve, de Montréal, directeur de la compagnie de navigation de Longueuil, l’un des fondateurs du Cabinet de lecture de Longueuil et futur maire.



Le conseil du club nautique se composait également de J. Reid Harris, secrétaire; W.J.M. Jones, trésorier; A.-A. Boudreau, George H. Kernick, V. Campbell, directeurs; en compagnie du Dr Larocque et du notaire Hurteau. Kernick était l’animateur du club Montarville «pour promouvoir l’instruction littéraire».

Croisières romantiques

La première grande initiative publique du club nautique fut l’inauguration de croisières au clair de la lune, le 21 juillet 1869. Grâce à l’esprit d’organisation du Dr Larocque, la collaboration de la Compagnie de navigation de Longueuil...et du temps propice, ce fut un succès fou.



La réalisation du plan du commodore Lespérance, en 1869, avait permis au club d’avoir ses propres locaux au coût de 665$: il s’agissait du chaland-maison, tel que décrit précédemment. La cotisation d’un actionnaire bénéficiant de la garde de son bateau et de la baignade était 2$; c’était gratuit pour l’actionnaire ne désirant pratiquer que la natation. Quant au non-actionnaire, il devait débourser 4$ pour amarrer embarcation et se baigner. C’était deux fois moins cher s’il ne voulait que prendre ses ébats dans le fleuve.




Au coeur du Longueuil Boating Club



La maison commune (club-house) du Longueuil Boating Club, telle qu'elle apparaissait au temps du commodore Notman

(Archives de la Société historique du Marigot; Musée McCord d'histoire canadienne)

Fusion salvatrice

En 1870, sous le même conseil d’administration réélu, le club Longueuillois affronta la concurrence d’un nouveau venu, le St-Lawrence Boating Club. Au cours d’une assemblée conjointe des membres et amis des deux clubs, tenue à l’hôtel Montarville de Longueuil le 3 juin 1871, la fusion fut décidée. Le Dr Brewster, le vice-commodore de 1867, présidait la réunion et fut désigné pour rédiger la constitution et les statuts du club-uni, en compagnie de A. Kinnear, J.W. Patterson et W.L. Pitcatheley. James P. Cox agissait comme secrétaire.



À l’assemblée constituante du 8 juin suivant, on décidait de conserver le nom Longueuil Boating Club. Le conseil d’administration comprendrait neuf officiers: un président, un vice-président, un secrétaire, un trésorier et cinq directeurs. Ce conseil devait avoir le plein contrôle de tous les fonds du club et la haute main sur l’organisation des courses nautiques. Le conseil devait aussi posséder le pouvoir d’élire des membres honoraires qui pourraient jouir de tous les privilèges du club, à l’exception du droit de vote. Enfin, la souscription annuelle devrait être d’au moins deux dollars.



À cette assemblée du 8 juin 1871, le Dr Brewster fut élu président. Son conseil se composait des membres suivants: William Notman, vice-président; E.A. Barton, secrétaire; G.G. Macpherson, trésorier; James P. Cox, J.W. Patterson, W.E. Wilson, W.J.M. Jones, A.-A. Boudreau, directeurs.

Patrons d’honneur

Des personnalités montréalaises de premier plan acceptèrent de devenir patrons d’honneur du club: sir Hugh Allan, président de Allan Line of Steamships; sir George-Etienne Cartier, l’un des pères de la Confédération; le maire Henry Starnes et le Dr William Hales Hingston, futur maire de Montréal.



Dans le même temps, à une réunion du conseil, le 16 juin, est adopté le pavillon du club: blanc avec une étoile bleue à cinq rayons. Emblème qui à été conservé jusqu’à nos jours.

Dons précieux

Une autre importante réunion, le 23 juin, eut trait aux règlements des courses, mais aussi à l’acquisition de bateaux et d’un hangar pour abriter les embarcations. À cet effet, William Notman offrit d’acheter le hangar à bateaux et le bâtiment de l’ancien Longueuil Boating Club et de louer le tout 50$ par année, à la condition que le nouveau club nautique en prenne charge et défraie toutes les dépenses de fonctionnement.



De son côté, G.G.Macpherson offrit au club le outrigger à quatre rames et le hangar bateaux de l’ancien St-Lawrence Boating Club, pourvu que les actionnaires de celui-ci fussent d’accord. Pour sa part, le Dr Brewster, se dit prêt à donner au club son bateau à six rames, à la condition qu’il ne serait jamais l’objet d’une vente.



Au sujet des règlement des courses, chaque bateau participant devra arborer un pavillon distinctif. Il est question entre autres des inscriptions, de la désignation des équipages, du rôle de l’arbitre et des juges. William Notman présenta une coupe d’une valeur de 50$ qui devait être l’enjeu annuel d’une course à déterminer par le conseil.

Régates d’envergure

Cette même année 1871, le 14 septembre, le club organisait des régates d’envergure où l’événement majeur fut une course à laquelle participait le voilier Barton et son équipage de Newcastle-on-Tyne, Angleterre. Ce furent ces visiteurs qui remportèrent la victoire en parcourant cinq milles en 33 minutes. Le premier prix au montant de 1000$ représentait une petite fortune. Arrivé au second rang, l’équipage du Renforth se méritait 250$. Le chef de police de Montréal, Fred.A.Penton, avait agi comme chronométreur.



Le programme comprenait huit autres courses mettant en jeu des prix moins alléchants, mais quand même intéressants, s’échelonnant entre 10$ et 100$. Un prix de 100$ était attribué aux gagnants des courses de bateaux à quatre rames(quatre milles), de bateaux à deux rames(deux milles) et d’outriggers à deux rames(deux milles). Des coupes d’une valeur de 50$, dont celle de Notman, étaient remises aux vainqueurs des courses de voiliers ayant une quille de 21 pieds et au-dessous(six milles); et de outriggers à rames simples(deux milles).



Les marins pouvaient aussi relever le défi d’une course de vaisseaux(deux milles) et remporter 40$. Quant aux matelots en herbe, les garçons de moins de 14 ans, ils pouvaient, à bord d’une embarcation à deux rames, parcourir un mille et se mériter 10$.



À ces régates du 14 septembre, la presse évalua le nombre de spectateurs à huit ou dix mille. Sur la rive du fleuve, une grande estrade avait été érigée sur l’emplacement appelé alors le récif. Les navires à vapeur Longueuil, Laprairie, Berthier, William, Terrebonne et Victoria étaient bondés de voyageurs. À bord d’une barge ancrée sur les lieux, la fanfare des Vitoria Rifles jouait des airs de circonstance.

L’ardent William Notman

Entre 1872 et 1874, le club sous la présidence de William Notman, le célèbre photographe dont la collection de photos donne une image exceptionnelle de son époque. Courses, navigation, canotage avaient lieu chaque samedi et des événements aquatiques se déroulaient souvent de nuit. Les plus populaires étaient les rencontres à bord des bateaux illuminés ainsi que des excursions au clair de lune sur des navires à vapeur loués pour l’occassion.



En 1872-1873, le président Notman était assisté de J.M.Jones, vice-président; E.A.Barton, secrétaire; G.G.Macpherson, trésorier; A.-A.Boudreau. Johust Nichols, W.S.Patterson, Milton Pennington, W.Campbell et Andrew Kinnear, directeurs. La saison suivante, les seuls changements sont Thomas Ostell à la vice-présidence et la nomination comme directeurs du Dr Brewster, de Power, Jones, Symmes et Jopling. Il n’y a plus alors aucun citoyen d’expression française dans le conseil d’administration du club.



Au printemps de 1873, on fait bâtir un nouveau hangar à bateaux au coût de 175$. Le contrat de construction, attribué à Brosseau dit Perras de Longueuil, précise que les travaux devront être complétés vers le 4 juillet. On suivit les plans du trésorier Macpherson. Pour l’hiver, le hangar à bateaux fut placé sur la propriété de J.M.Jones, en raison des inondations périodiques.

Participation des jeunes garçons

À l’occasion de l’assemblée annuelle du 5 juin 1874, le directeur Jopling est nommé «capitaine de l’équipage». Celui qui occupait précédemment ces fonctions Yapp, avait été reçu membre honoraire, avant son départ de Longueuil, sur recommandation du conseil d’administration, le 11 août 1873.



Durant l’été de 1874, le club manifeste de l’intérêt pour la participation aux courses des garçons de moins de 16 ans. Le parcours sera d’un mille dans des embarcations à clins de 21 pieds avec deux rameurs. Cette course sera effectivement l’une des trois de la programmation du 27 juin.

Nombreux trophées

À sa réunion du 20 juillet, le conseil donne la liste des prix des prochaines régates. Ils sont au nombre de seize, portent chacun le nom du donateur et sont attribués à des courses précises.



Cette liste, qui suit, donne une idée des divers défis qu’avaient à relever les membres du club et leurs intérêts: prix Notman pour la course à une rame dans des embarcations à clins; prix Cotte pour le plus beau bateau illuminé; prix Dillon pour la course d’embarcations à une rame; prix des dames pour la course des voiliers; prix des dames pour le championnat des embarcations à une rame; prix Barton pour la course à une rame; prix Pell pour la course des voiliers; prix R.Campbell pour la course d’embarcations à deux rames; prix des amis pour une épreuve à déterminer; prix W.Campbell pour la course d’embarcations à deux rames destinée aux garçons de moins de 16 ans; prix Jones pour la course d’embarcations à une rame, dite course des dames; prix Wilson pour la course des bateaux à fond plat; prix Cochrane réservé au conseil d’administration; prix Macpherson pour l’épreuve destinée aux embarcations de vingt pieds et moins; prix Notman pour le même objet que précédemment; prix Cotte pour la course de voiliers.



À noter que les dirigeants ou les plus actifs des membres offrent des prix. De plus, pour la première fois depuis 1867, les dames s’impliquent en accordant des trophées.



Les régates du club, le 28 août 1874, comprennent sept courses, avec pour la première fois, semble-t-il, des droits d’inscription(2$ par épreuve). Il est précisé que ce tournoi nautique s’adresse aux amateurs seulement et qu’on doit utiliser des embarcations à clins de plat bord.

Un club d’amateurs

Une assemblée générale est convoquée le 12 sept 1874, à l’hôtel Terrapin de Longueuil pour adopter une nouvelle constitution. Le but du club, y est précisé, est d’«encourager parmi les amateurs la navigation sur le fleuve St-Laurent». «L’adhésion est limitée aux amateurs», c’est-à-dire «à ceux qui n’ont jamais ramé ou fait de la voile pour un salaire ou fait de la navigation pour gagner leur vie».



L’adhésion se fait après demande acceptée par le conseil d’administration. La cotisation annuelle sera d’au moins cinq dollars, payable le 1er juillet. Toute personne versant la somme de quarante dollars pourra être membre à vie et «jouir de tous les privilèges du club». Le conseil d’administration aura le pouvoir «de choisir des membres honoraires, chaque année courante», membres qui n’auront toutefois pas le droit de vote. Le club pourra nommer «des membres honoraires à vie». Deux réunions générales seront prévues chaque année, l’une en mai et une autre en septembre.

Démission en bloc

À la réunion du conseil d’administration du 21 septembre, il est proposé qu’aucun changement ou amendement à la constitution ne puisse être fait, excepté en assemblée générale composée d’au moins douze membres et que deux-tiers des voix soient requis. D’autre part, le conseil d’administration devrait avoir le pouvoir d’amender les règlements de canotage ou de voile pour toutes courses ou régates.



Après un vote, ces propositions sont battues de justesse,15-17. Démissionnent alors en bloc, le président Notman, le vice-président Jones, le trésorier Macpherson, le capitaine Jopling et les directeurs Ostell et Kinnear.



Une réunion générale spéciale se tient le 23 septembre au Terrapin. De nouveau, le Dr Brewster sauve la situation en acceptant la présidence du club. Les autres élus sont Mullen, vice-président; Barton, secrétaire; Woodley, trésorier; O’Flaherty et Hawsksley, directeurs. Le club prend un nouveau tournant où la jeunesse aura une large place, comme nous le verrons dans le prochain chapitre.

 

Chapitre 3

 

Durant la décennie 1875-1885, le Longueuil Boating Club passera de l’euphorie au découragement le plus total. Pourtant, dès le 28 mai 1875, l’assemblée générale avait pris les moyens d’assurer une relève en admettant dans le club les garçons de moins de 17 ans. Puis, subséquemment, l’adoption d’un uniforme attrayant devait donner aux membres une distinction et un relent d’aventure propices aux défis.


Comme en 1870, la concurrence mit en danger l’existence du Longueuil Boating Club. Mais en 1877, on ne put fusionner.

Place aux jeunes

Ce fut sous la présidence Cotte, réélu commodore le 15 mai 1875, que le club, au cours d’une assemblée générale spéciale, décidait d’admettre des membres junior. Dès que leurs candidatures seraient acceptées par le conseil, les adolescents jouiraient de tous les privilèges des autres membres, à l’exception du droit de vote. La cotisation se chiffrera à cinquante cents par année. Les premiers jeunes à être admis le furent 3 juin, au nombre de quatre, à savoir Gustave et Arthur Pell, George Cook et Ernest Blackmayer.



Deux ans plus tard, un équipage de membres juniors (William Gear, F.P.Foster, F.L.Pell et A.E.Pell) décrochait le championnat de la course d’embarcations à quatre rames, aux régates annuelles de Lachine. Au son de la fanfare municipale, les citoyens de Longueuil accueillirent chaleureusement les vainqueurs; le club fit frapper quatre médailles d’argent en leur honneur.

Le bel uniforme

Les jeunes champions portaient l’uniforme qui avait été adopté à la réunion semi-annuelle du 5 octobre 1875. Il consistait en un pantalon et veston bleu marine avec boutons dorés. une chemise de flanelle, de même couleur, avait un «large col Shakespeare» et était décorée de la façon suivante: deux rangées de câble tressé sur les poignets; une fine étoile rayée à chaque coin du collet le monogramme L.B.C. tissé au côté gauche de la poitrine.



Comme coiffures, on avait le choix entre un chapeau de paille avec ruban noir ou un chapeau de toile rond, similaire à ceux des matelots, avec le nom du bateau du propriétaire inscrit en lettres dorées sur le ruban. On complétait le tout avec un mouchoir de soie noire passé autour du cou et des souliers de toile blanche. Le veston pouvait être porté par les épouses et les fille des membres.



On apprenait le 20 mai 1876 que déjà une trentaine de membres portaient l’uniforme et qu’on prévoyait remplacer le calot ou le chapeau de paille par une casquette.


Dans son rapport du 28 septembre 1875, le secrétaire E.A. Barton avait signalé que le club comptait 117 membres, ce qui était un record (en 1874, il n’y avait 72 membres). On possédait une flotille de quatre bateaux et deux hangars comme abris. De plus, la Compagnie de navigation de Longueuil mettait gratuitement à la disposition du club le steamer Montarville.

Voiliers, canots et chaloupes

Les régates, qui se tenaient hebdomadairement, devinrent bi-mensuelles, de façon, expliquait le secrétaire Barton, à «soutenir l’intérêt général et à pouvoir solliciter des prix». Les garçons, au nombre d’une dizaine, n’étaient pas oubliés dans les programmes de courses. Il y en à toujours au moins une à leur intention. Les régates comprennent une course de voiliers et d’autres de canots et de chaloupes.



Au mois de juillet 1875, des citoyens prestigieux joignent les rangs du club: le Dr Alfred-Charles Pratt et P.-A. Jodoin, maire du village, puis de la ville de Longueuil. Au décès de celui-ci, en décembre 1879, le conseil municipal lui accordait des funérailles civiques «en reconnaissance des services» qu’il avait rendus à la collectivité. Quant au Dr Pratt, médecin et conseiller municipale, il prit une part active à la construction du premier aqueduc de Longueuil.

Résultats de régates

Même s’il y avait eu d’autres régates antérieurement, les premiers résultats notés dans les registres du club, furent ceux des 19 juin et 3 juillet 1875. Les vainqueurs du 19 juin furent le voilier Alice, de J.C. Jenkins,Champion de la course à voile qui parcourut six milles en une heure et deux minutes; l’embarcation Amy, conduite Par J.W.et R.C. Nells qui remporta l’épreuve avec une paire de rames en 19 minutes et demie; et la même embarcation où J.W. Nells s’illustra dans la course avec un aviron, parcourant un mille en 13 minutes.



Le 3 juillet, ce fut le Hattie de A.J. Pell qui gagna la course à voile; R. Piché et D. Lewis, sur le Riffle, remportèrent l’épreuve avec deux avirons, en franchissant deux milles en 18 minutes et demie; à bord du Dart, Lewis parcourut un mille en 11 minutes dans la course avec un aviron; dans le même type de compétitions, chez les juniors, Frank Foster, sur l’Amy, rama un mille en douze minutes et demie.

De Hiawatha à Corinne

Voici à titre de curiosité, les noms des voiliers qui participèrent aux régates du 23 septembre 1876: Hiawatha (L. Smith), Neva (G.E. Roy), Alice (J.C. Jenkins), Electric (G. Lames), Hattie (A.J. Pell), Brilliant (A.W. Glassford), Corinne (A.W. Glassford), Flying Dutchman (R. Lusher), Stranger (E. McGregor), Euroclydon (E.A Barton), Ellie (F. Ferguson), Shooting Star (F.H. Burnett), Ariaduc (J. O’Flaherty), Maude (Dr Brewster). Sous la présidence de E.A. Barton, le 20 mai 1876, il fut décidé de nommer le nouveau inrigger de la flotille du club, le H.E. Jopling, en l’honneur du capitaine Jopling, qui venait d’être réélu à ce poste. Le bateau avait été construit par J.S. Ferguson. Ce James Ferguson faisait partie de la fameuse famille de constructeurs de yachts de la région de Québec.





Loisirs agréables



Le Longueuil Boating Club offrait des distractions à ses membres dans la maison commune; cette partie de croquet sur table en est un exemple.

(Archives de la Société historique du Marigot)




L’année même où le club affronterait une dure concurrence, en 1877, il manifestait en ce 10e anniversaire de fondation une belle vitalité. Selon le rapport du secrétaire G.G. Macpherson, on était passé de 64 membres en 1871 à 122 en 1876. Peu après sa fondation, le club comptait trois embarcations, alors que la flotille en possédait quatre en 1877, à savoir deux outriggers à quatre rames, le William-Notman et le E.A. Barton; deux iniggers à quatre rames, le Youngster et le H.E. Jopling.

Terrible concurrence

Ce fut sous la présidence de W.J.M. Jones, en 1877, que des Montréalais fondèrent le Yacht Club, avec quartier général à Longueuil. Une terrible concurrence s’en suivit au détriment du Longueuil Boating Club qui déclina, malgré des efforts remarquables. Entre autres, en 1878, le club longueuilois prit possession d’une maison commune, modeste mais fort confortable, située sur le côté nord est du est du quai du Grand Tronc, à proximité du garage des bateaux.



La situation ne s’améliora pas. Des régates furent annulées, faute d’inscriptions; des excursions au clair de lune furent ratées en raison d’un manque de planification. Juste avant l’assemblée semi-annuelle du 22 septembre 1877, le président Jones et le secrétaire Ostell remettaient leurs démissions.



W.C. Ravenhill et Thomas Boyd furent élus pour les remplacer. Mais le 4 octobre, Ravenhill refusait à son tour la présidence. À la fin de cette même année 1877, il ne restait que 99 membres, dont 11 juniors. Il y avait un tel manque d’intérêt qu’il fut impossible de tenir une assemblée générale spéciale, faute de quorum, le 29 octobre.



L’année suivante, le 18 mai, a lieu une assemblée annuelle où Ravenhill, élu de noueau président, accepte cette fois les fonctions. Le conseil se compose également de H. Boyd, vice-président; J.E.Wilson, secrétaire; J.F.Walker, trésorier; I. Jenkins, E.A. Barton, E.L. Foster, J.P. Cox, W.J. Gear, I. O’Flaherty et D. Lewis, directeurs. Jenkins est choisi capitaine du club.

Refus des femmes

Ce conseil d’administration, à sa réunion du 25 juin 1878, se vit confronter à des recommandations relatives à l’admission des femmes comme membres, ce qui fut refusé. C’est la première fois dans l’histoire du club que les procès-verbaux abordent cette question. Par ailleurs, le même conseil constatait le 3 juin précédent la baisse de l’intérêt pour la navigation chez les membres.



Dans le but de réveiller cette ardeur, on décidait d’envoyer à bord du William-Notman une équipe de participants aux régates de Newark et de Lachine. À la première aucun trophée ne fut gagné, mais le conseil considéra que le club avait fait sa marque. Au sujet des régates de Lachine, on souhaitait établir comme tradition une participation annuelle, visant à créer une saine émulation.



Les résultats ne se firent pas attendre, surtout après deux régates locales et une série d’excursions au clair de lune bien réussies. À l’assemblée semi-annuelle du 30 septembre 1878, on apprenait que le nombre de membres était passé à 142, dont 14 junior.

Mise en sommeil

Mais ce bel élan se brisa face aux activités du Montreal Yacht Club. L’année 1881 vit la mise en sommeil du Longueuil Boating Club, alors sous la présidence de Thomas Boyd. Le 8 septembre, le conseil d’administration formait un comité ayant «plein pouvoir de disposer de toute la propriété du club excepté la coupe. Le drapeau fut confié au capitaine Riley.



Le 2 juin 1882, lors d’une réunion du conseil d’administration à la maison commune, un comité était constitué pour «vendre les biens du club». Ce comité était composé de Boyd, Lewis, Tracy, Riley et Walker. Gear acquit la coupe du club pour un montant de 30$. Le mât du drapeau fut adjugé au capitaine Riley pour la somme de 5$.



Le conseil d’administration précisa que le comité chargé de la vente des biens devait diviser la somme perçue au prorata parmi les membres du club. Le secrétaire W.R. Foster, après sa signature au bas de son compte rendu, écrivit l’adjectif «final». Ce sera la confiance des jeunes membres, comme on le verra dans le prochain chapitre, qui maintiendra le club dans le sillage de l’histoire.

 

Chapitre 4

 

Les jeunes, qui avaient été admis dans le club nautique de Longueuil en 1876, le ressuscitèrent en 1886. Comme le Phénix de la légende, il reprit force et vigueur pour accomplir de nouveaux exploits.



La reprise des activités commença le 30 mars 1886 par l’élection d’un conseil composé de William I. Gear, président; W.J. Carmichael, secrétaire-trésorier; B.E. Cotte,vice-président; G.P. McClure, G.M. Graham, W.H.A. Jones, W.T. Rodden, directeurs; J.W. Moffat, capitaine. Ces officiers se donnèrent la tâche de préparer une constitution, puis de convoquer une assemblée générale au mois de mai.

Nouvelle constitution

La nouvelle constitution ne présentait guère de changements en regard de la précédente. Le nom du club demeurait le même . Les couleurs, le bleu et le blanc, restaient. On arborait toujours le fanion blanc orné d’une étoile bleue à cinq pointes. Le capitaine verrait à la surveillance générale de la flotille. L’uniforme était quelque peu changé. Il consistait en un veston de serge bleue, une chemise de flanelle blanche et des pantalons, des souliers et un chapeau de paille de même couleur.


L’assemblée générale, tenue le 4 mai, approuva les décisions de celle du 30 mars précédent ainsi que la nouvelle constitution.

La lanterne rouge

La première manifestation du club fut, le 17 juin, un ralliement de bateaux à l’île St-Hélène, qui fut suivi de beaucoup d’autres chaque mercredi soir. La flotille quittait le débarcadère de Longueuil à 20 h 15 précédée du bateau présidentiel qui signalait son départ par un coup de pistolet. De même en était-il au retour. Une lanterne rouge indiquait le bâtiment du président.



Les régates reprirent de plus belle. Celles du 21 août comprenaient huit courses dont sept d’embarcations à aviron et une de natation. Des invitations avaient été lancées aux conseils des clubs suivants: Montréal Yacht Club, Lachine Boating Club, Valois Boating Club, Pointe-Claire Boating Club, Victoria Bridge Boating Club, Grand Trunk Boating Club, St-Lambert Boating Club, Club nautique de Beloeil, Ste-Anne Boating Club. Cette liste donne une idée de la floraison des clubs de cette sorte dans la région.


À l’assemblée générale annuelle du 11 septembre 1886, William I. Gear fut remplacé par W.H.Kirby à la présidence. On retrouvait au conseil: B.E. Cotte, vice-président; F.J. McClure, secrétaire-trésorier; W.A. Bonnell, capitaine; G.M. Graham, G.P. McClure, W.I. Rodden, A. Atken, J.W. Moffat, W.J. Carmichael, W.I. Moffat, directeurs.

Une maison commune

Depuis sa renaissance, le club nautique avait obtenu l’ancienne maison du club de toboggan de Longueuil, au pied de la rue St-Sylvestre. Une nouvelle construction fut bâtie en 1887 et agrandie l’année suivante. À la même époque, le Montreal Yacht Club s’installait au lac St-Louis et devenait le Royal St-Lawrence Yacht Club. Le Longueuil Boating Club pouvait enfin respirer.



L’édification de la maison commune avait été décidée au cours de l’assemblée annuelle du 28 mai 1887. On avait prévu un coût de 190$. Le conseil émit à cette effet des obligations de 3$ chacune portant un intérêt annuel de trois pour cent; on devait émettre un maximum de 65 parts. La nouvelle maison commune fut bâtie à la place de l’ancienne maison du club de toboggan. Le loyer du terrain était de 5$ par saison.

Aux programmes des régates

À signaler dans les programmes des régates, le maintien de courses destinées aux jeunes garçons. On note aussi une division des participants entre homme mariés et célibataires. Il n’y a pas de courses de voiliers mais d’embarcations à rames et de canots. Une épreuve nouvelle, quelque peu loufoque, était celle des baignoires qui devaient franchir la distance entre le quai et le bateau des juges.



Le président Kirby démissionna juste avant l’assemblée semi-annuelle du 26 mars 1888. W.I. Gear revint à la présidence, assisté de George W.Roberts, à la vice-présidence; de McClure, comme secrétaire; de Graham, comme trésorier; de J.W. Moffat, capitaine et des directeurs W.G. Moffat, James Slater, R.A Kydd. En raison des démissions subséquentes du vice-président et du trésorier, T.F.G. Day et R.S. Kydd furent respectivement élus à ces fonctions. Le 23 juin, W.J. Carmichael remplaçait Kydd comme directeur.

Contre les paris et la boisson alcoolique

Il semble qu’alors, le club comptait un certain nombre de parieurs et de sportifs aimant lever le coude. Le conseil fut saisi de ce problème le 21 août 1888. Un règlement fut adopté pour défendre de parier ou d’apporter de la boisson alcoolique dans la maison commune ou dans le hangar à bateaux.



Selon le rapport du secrétaire F.J. McClure à l’assemblée générale du 8 septembre 1888, le club se structure et s’organise sérieusement, mais l’attrait pour les sports nautiques est trop faible. Il y a malgré tout une augmentation du nombre de membres qui est passé de 50 à 64. Le hangar à bateaux a été agrandi; à l’arrière de la maison commune, le quai a été entièrement reconstruit. Par ailleurs, la constitution et les règlements ont été imprimés.



Tout en soulignant l’organisation de deux régates au cours de la saison, le secrétaire déplore le manque d’intérêts des compétiteurs, qui s’exprime dans leur peu de préparation. McClure manifeste sa déception relativement aux régates ouvertes aux autres clubs le 25 août: «Tous nos prix sont allés aux étrangers». D’autre part, le club a été bien représenté aux régates de Ste-Anne et de St-Lambert.

Une maison qui bouge

Cette année-là, l’emplacement de la maison commune est un sujet débattu. Le 21 septembre 1888, le conseil songe à lever une souscription parmi les membres pour acheter un lot où installer la maison du club et la rallonger d’une quinzaine de pieds. L’assemblée générale du lendemain rejette la recommandation de l’achat d’un terrain, et la maison est entreposée sur la propriété d’un nommé Jacques Lavoie, au coût de 5$ pour l’hiver.



À une assemblée générale spéciale, le 26 février 1889, il est décidé que la maison commune sera érigée sur le domaine Notman, à proximité du quai de Longueuil. L’installation sur le nouveau site eut lieu au printemps.

Regroupement des yacht clubs

Le club nautique de Longueuil prend figure de leader quand, le 14 septembre 1891, le conseil, sous la présidence de A. Hardie, demande au secrétaire J. Camron de convoquer les représentants des clubs nautiques des environs à une assemblée à l’hôtel Windsor de Montréal, le plus tôt possible, en vue d’en arriver à un consensus pour la dimension des esquifs, le choix des dates des régates et la création possible de la Montréal Rowing Association.



Le 7 novembre, les délégués de Longueuil désignés sont W.I. Gear et W. Kirby. Après trois réunions, la Québec Rowing Association voit le jour le 1er juin à Montréal. W.I. Gear est élu vice-président et D. Cameron, secrétaire.

Drapeau des dames

Les drapeaux du club sont au centre des discussions de l’assemblée semi-annuelle du 11 juin 1892. Les procès-verbaux font mention pour la première fois d’un drapeau décerné par les dames aux champions des courses d’embarcations à un aviron. Cet emblème devient la propriété du vainqueur s’il est gagné deux années consécutives. Tous les autres drapeaux doivent être retournés au conseil d’administration par les gagnants le 1er août de l’année suivante. Ils demeurent la propriété du club.



Par ailleurs, le capitaine E.-J. Paradis est l’objet de plaintes de la part de membres qui ont vu leurs bateaux déplacés sans avertissement. Tout d’abord, le 27 juin 1892, une protestation de Charles S. Underhill. Le capitaine Paradis demande à cette occasion qu’un espace soit réservé au bateau du club. À la même date, J. Hamilton se plaint également du déplacement de son bateau. Le conseil semonce le capitaine et avise que tout membre qui déplacera le bateau d’un autre sera suspendu durant au moins un mois.

Maison commune permanente

Une assemblée générale spéciale, le 18 juillet 1892, demande que le club soit incorporé, ce qui n’est en fait que l’approbation de démarches déjà entreprises en 1891. Par la même occasion se constitue un comité dont la tâche sera de trouver un emplacement et d’y bâtir une maison commune. Ce comité est composé de Andrew Hardie, D. Anderson, R.D. Thicks et C.A. Thompson.



Ce sera sous la présidence de John Hamilton, qui remplira trois mandats, que le club possèdera une maison commune permanente. À l’automne de 1894, deux lots (cadastre no 155, sections 81-82) sont acquis de la compagnie ferroviaire du Grand Tronc. Et le 1er juillet 1895, une confortable maison était inaugurée par un grand bazar qui dura trois jours. La nouvelle construction avait été bâtie selon les plans et sous la supervision du vice-président W.J. Carmichael qui exigea le respect du dimanche sur le chantier. L’assureur évalua à 1 300$ la nouvelle maison commune.

Les dames auxiliaires

Les femmes travaillaient à l’essor du club, non pas comme membres à part entière, mais comme dames auxiliaires. Groupées en association, elles organisaient des danses ou autres activités dont les bénéfices servaient particulièrement à envoyer des champions participer aux régates des autres clubs nautiques.


Cette solide structure du club, ses programmes firent qu’un club nautique exclusivement de langue française, fondé à Longueuil en 1891, ne put se maintenir plus de deux années. Le promoteur en était Edward C. Lalonde, en compagnie J.-Rosario Bourdon, Georges-A. Cherrier, G.-Henri St-Mars, Rachelle St-Mars et autres. Le conseil municipal de Longueuil avait approuvé officiellement cette fondation, lors d’une séance présidée par le maire B.Normantin, le 22 juillet 1891. Le nouvel organisme, concurrent du Longueuil Boating Club, prit le nom de Club nautique de Longueuil. La charte signalait que l’association était constituée «dans un but de délassement et de récréation pour le corps». Cette initiative marquait une opposition à l’égard d’un club uniquement de langue anglaise.





Le conseil d'administration du Longueuil Boating Club en 1898. De gauche à droite: assis, C.J. Harrod; John Hamilton, commodore, A.C. Wurtele, trésorier; F.J. McClure, vice-commodore; debouts, A.E. Carmichael; J.-H. Marcoux; G.A. McColl, secrétaire honoraire; Jos. Hurtubise, capitaine.

(Archives de Jeanine Duguay)

 

Documents attestant la tentative faite en 1891 de fonder à Longueuil un club nautique de langue française. (Archives du Club nautique de Longueuil)

 

Kirby et Marcoux

Alors que W.H. Kirby, un adepte exemplaire des sports nautiques, décède durant l’été 1893, un nouveau membre, J.-H. Marcoux, apparaît pour un long temps sur la scène de l’histoire du club. Il est nommé capitaine et commence ainsi une carrière fructueuse. Quant au fils de W.H. Kirby, W.T. Kirby, il est élu membre honoraire à vie.



Les régates du mois d’août 1894 affichent comme nouveautés, en plus des courses de canots, une épreuve réservée aux yachts et un championnat de nage. Un match de polo est aussi au programme. Sur dix courses, deux s’adressent aux adolescents. La répartition des tâches du comité organisateur est rigoureusement planifiée.

Danser sans naviguer

Il semble toutefois que le club s’oriente vers des activités sociales de plus en plus éloignées des sports nautiques. La maison commune est souvent louée pour des danses (8$ pour une veillée publique et 5$ pour une soirée privée) et un piano est même acheté au coût de 250$. On acquiert une centaine de chaises en déboursant 25$. Alors que jusque là on se limitait aux abonnements de revues spécialisées sur le yachting, on paie maintenant le Ladies Home Journal. On décide d’exploiter, en plus des opérations du Longueuil Boating Club, un club de tennis.



Les biens du club augmentent au point qu’il est décidé, lors de l’assemblée semi-annuelle du 28 septembre 1895, de former un conseil décisionnel sur les propriétés immobilières. Ce comité sera constitué du président, du vice-président, du secrétaire, du trésorier et de tous les membres à vie. Exceptionnellement, le 9 mai 1896, W.J.Carmichael est élu président et reçoit le titre de membre honoraire à vie.



À cette dernière assemblée, la majorité des membres avaient demandé aux nouveaux dirigeants «de consacrer leurs énergies à restructurer le département athlétique et aquatique du club en fournissant les bateaux et les canots nécessaires». Le club possédait aucune embarcation de courses. Dès le 1er juin, un canot et quatre rames sont commandés au coût de 41$; on apprend à la même date que le court de tennis sera prêt le 6 juin.

Membres à vie

Le 15 juin 1896, au cours d’une assemblée générale spéciale, une nouvelle constitution et de nouveaux règlements sont adoptés. Ceux-ci sont d’autant plus importants qu’on y précise le statut de membre à vie, statut qui ne cessera par la suite d’être remis en question. «Tout membre peut devenir membre à vie, précise-t-on, sur paiement d’une somme de vingt-cinq dollars et aura droit à tous les privilèges des membres ordinaires».



«Les membres honoraires doivent être élus par les deux tiers des membres lors de l’assemblée annuelle; ils sont dispensés des frais de cotisations et ont droit à tous les privilèges réguliers. Les membres honoraires de l’année sont élus à l’unanimité du conseil d’administration. Ils sont dispensés du paiement des cotisations et jouissent de tous les privilèges des membres, sauf du droit de vote et de l’éligibilité à un poste d’officier».

Membres réguliers et cadets

Le club, selon les règlements, compte deux classes de membres en regard de l’âge; les homme âgés de 17 ans et plus, qui ont tous les droits et privilèges; les cadets, jeunes de moins de 17 ans, qui n’ont pas le droit de vote. La cotisation annuelle est de trois dollars pour les adultes et de deux dollars pour les cadets. Les officiers comprennent le président, le vice-président, le secrétaire, le trésorier, le capitaine et les trois directeurs.



Toujours d’après les règlements, un candidat devra solliciter son adhésion auprès du conseil en précisant son occupation, son adresse - de préférence celle d’affaires -, ainsi que les noms de ses deux parrains. Il y aura scrutin secret; une seule boule noire justifiera un refus.



Le nom du club, ses emblèmes demeurent tels qu’antérieurement. Au nombre des buts, on parle, en plus de «l’encouragement du canotage amateur»,«rapports sociaux» entre les membres.



On aura remarqué que les femmes ne figurent pas dans les statuts et règlements du club nautique. Elles sont toutefois admises dans le nouveau club de tennis, qui compte 22 membres en 1896. Les heureuses élues sont Mlles M.Carmichael, Hamilton, Walker et Mmes McClure et Blaikie.

Arrivée des yachts

Par ailleurs, les propriétaires de yachts du club organisent une course le 5 septembre 1896.Y participent: Good Luck, Luto, Hurtubise, Edson, Elliot, Nada et Letendre. C’est la première course de la sorte au club; le gagnant: Nada, de M.S. Thornton. Pour leur part, J.-H. Marcoux, G.A. McColl, H. Wheatley, C. Shaw ont conquis la première place de l’épreuve de quatre hommes en canot aux régates du Grand Trunk Boating Club, le 29 août 1896.



Malgré ces efforts, le secrétaire Thomas Blaikie, à la réunion semi-annuelle du 12 septembre 1896, déplore «le manque d’enthousiasme envers la navigation, en dépit de l’achat de canots de course et d’un bateau». Blaikie admet toutefois que les régates du 20 juin ont été un succès. Il rappelle aussi que les représentants du club aux régates de St-Jean, St-Lambert, Lachine, Pointe-Claire et Grand Trunk ont remporté sept fois la première place, trois fois la seconde et deux fois la troisième.

Abolition des membres juniors

Le statut de membres juniors ou cadets, qui avait assuré le sauvetage du club en 1886, est étrangement aboli à l’assemblée annuelle du 8 mai 1897. D’après le secrétaire Thomas Blaikie, le club compte 129 membres répartis de la façon suivante: 21 membres à vie, 99 membres seniors et 9 membres juniors.



Du côté du club de tennis, le championnat à été décroché par Grace Walker. La femme reste toutefois absente de la pratique des sports nautiques. Les garçons, qui assureraient la relève, sont aussi écartés. De plus en plus, le Longueuil Boating Club prend la figure d’un club social fermé, réservé à une élite d’adultes préférant la danse à la navigation pour faire pénétrer le rêve dans leurs vies.

Chapitre 5




Le conseil d'administration du Longueuil Boating Club en 1903. De gauche à droite, première rangée: G.R. Gray, trésorier honoraire;

 

Du début, du 20e siècle à la décennie de 1930, le Longueuil Boating Club progressera graduellement vers un esprit d’ouverture, après avoir vécu un manque d’épanouissement en raison de la morale ambiante. En s’affirmant de plus en plus un excellent club nautique, l’organisme s’est orienté vers un plus grand respect des libertés de chacun.



Une décision importante a été, en 1905, d’accepter de nouveau des membres juniors. De nombreuses précisions ont également été apportées relativement aux membres à vie. Quant à l’association des dames auxiliaires, elle était réorganisée en 1920. Il fallut toutefois attendre 1931 pour que les femmes et les jeunes filles fussent admises comme membres, mais sans le droit de vote et celui de faire partie du conseil d’administration.



Dans les régates, les yachts et les voiliers prirent de plus en plus d’importance. En 1936, il y eut scission au Longueuil Boating Club, alors que d’anciens commodores fondèrent l’Excel Boating Club qui s’occupa exclusivement des régates de canots. De son côté, le Longueuil Boating Club favorisait les compétitions à voile. Même si les efforts majeurs étaient concentrés sur les voiliers on continuait à encourager la natation et le tennis.

Vent moralisateur

Au commencement du 20e siècle, un vent moralisateur souffle sur le club. L’ancien président Carmichael remet, le 13 juillet 1903, la copie encadrée d’une prière de Robert Lows Stephenson qu’on s’empresse d’accrocher au mur de la maison commune.



Le 12 juin 1905, il est décidé que toute personne se baignant en plein jour sur la propriété du club devra porter un maillot «complet», c’est-à-dire couvrant tout le corps y compris les coudes et genoux. À défaut de quoi le membre récalcitrant sera expulsé. Ne s’étant pas plié à cette réglementation, H.S. Lightbourn se voit dans l’obligation de remettre sa démission, le 24 juillet 1905.



Par ailleurs, à sa réunion du 19 juin 1905, le conseil d’administration présidé par G.R. Gray, avait défendu de jouer au tennis le dimanche «par respect du jour du Seigneur».

Ralliement de canotiers

Mais cette austérité morale n’empêche pas le club de se donner à plein aux sports nautiques. Au mois de juin 1901, on avait joint les rangs de la Canadian Canoe Association; au mois d’août de l’année suivante, on envoyait pour la première fois des équipages aux régates annuelles de l’association à Britannia Bay, près d’Ottawa.



Le 1er août 1903, c’est Longueuil qui fut le site de la réunion annuelle et des régates de la Canadian Canoe Association, qui représentait les clubs nautiques majeurs de l’Est du Canada. Le président du Longueuil Boating Club était alors F.J.McClure. Pour l’événement, deux grandes estrades furent érigées sur chaque quai et le steamer Berthier fut loué et ancré sur les lieux, bondé de spectateurs surveillant les quelques 300 participants des courses. Ces régates et la danse qui suivit furent considérées alors comme les meilleures organisées jusque là par la Canadian Canoe Association.

La femme dans la course - Les yachts

Cette même année, le 16 juillet 1903, des femmes participaient pour la première fois à des régates du club, dites d’essai dans une course d’embarcations à deux avirons.



Les yachts sont alors à l’honneur pour des ralliements et des courses. Ainsi, le 2 août 1905, le président G.R. Gray donne le compte rendu d’un récent ralliement de yachts du club à Verchères, qui a été atteinte à 6 h 50 soirée, après un départ de Longueuil à 3 h 45 de l’après-midi le même jour. Le temps était splendide. Après avoir passé une veillée agréable au village, les yachtmen sont repartis vers 8 h 45 le lendemain matin. Ce fut le yacht Catriona qui remporta la course organisée à l’occasion de ce ralliement.



Aux régates de yachts du 2 septembre 1905, ce fut l’Ilya, de S. Thornton qui gagna, même si le Catriona était sur les rangs. Parti de Longueuil à 10 h 40 du matin, l’Ilya atteignit la ligne d’arrivée de l’île Gros Bois à 12 h 39. Ilya triompha de justesse, une minute de différence avec le yacht Alma de J.-H.Marcoux. Même gagnant pour la course Boucherville-Longueuil. La différence de temps entre l’Ilya et l’Alma fut cette fois de cinq minutes. Le départ de Boucherville s’était fait à 3 h 04 et l’arrivée à Longueuil de l’Ilya à 4 h 45.



Les yachts prennent de plus en plus d’importance dans le club. Il y a des courses spéciales réservées à ses embarcations. durant l’été de 1906, on voit des épreuves de cette sorte presque chaque semaine. On compte sept à neuf participants. C’est d’ailleurs un yachtman, H.S. Thornton qui, à titre de commodore du club, préside les 46e régates annuelles de Longueuil, le 9 août 1913. Au programme, on note trois courses réservées aux juniors. Aux participants du Longueuil Boating Club se joignent des représentants des clubs de St-Lambert, Cartierville, du Grand Trunk, de Pointe-Claire et Champêtre. À remarquer, une épreuve destinée aux canots de guerre.

 





Le grand champion de l'histoire du club, Harry Greenshields, détenteur du trophée canadien de pagayeur senior en 1923.

(Archives de Jeanine Duguay)

Toute la ville en parle

Le programme des 58e régates annuelles le 27 juin 1925 laisse penser que c’est un événement qui intéresse la ville entière. Dans cette annonce, Longueuil occupe une des dix pages. La ville est définie comme «la tête de la navigation sur la rive sud du St-Laurent». Parmi les avantages cités, on parle d’un centre de yachting.



On précise que Longueuil est à une dizaine de minutes du centre commercial de Montréal; qu’on y jouit d’un service efficace de traversiers et de tramways électriques. Le programme est rempli de textes publicitaires de commerçants de la rue St-Charles à Longueuil et de la rue Ste-Catherine à Montréal. Les régates comprennent une dizaine de courses, dans la même veine que celles de 1913.

Hommages à des champions-pagayeurs

Une assemblée générale spéciale avait été convoquée le 20 août 1923 pour rendre hommage aux champions-pagayeurs du club, Harry Greenshields et Arthur Kyle. Ayant participé à sept régates de canots, tant à Longueuil qu’à l’extérieur, ils avaient remporté onze premières places, une deuxième et quatre troisièmes places. Au championnat américain de courses de canots, à Gananoque, le 12 août, ils avaient gagné douze premières places, trois deuxièmes et quatre troisièmes places. Les deux champions furent reçus membres à vie et chacun se vit remettre une montre en or «en reconnaissance de leur succès et de l’honneur qu’en a tiré le club».



Les exploits des deux champions se poursuivent. Aux régates du Grand Trunk Boating Club, le 16 août 1924, Greenshields et Kyle décrochent, pour une troisième année consécutive, le trophée des meilleurs pagayeurs seniors, qui devient la propriété permanente du club longueuillois.



On apprend à l’assemblée générale annuelle du 11 avril 1925 que Harry Greenshields est à Paris, où il représente, devant le Comité olympique, la division est de l’association des canotiers canadiens. Il est accompagné de Sandy Lindsay, de Lachine. On a expédié à Greenshields «un canot spécial» pour éviter qu’il dispose d’une embarcation inférieure à celles de ses concurrents. Le duo Greenshields-Lindsay a finalement gagné à Paris la compétition réservée aux rameurs en duo.

Fondation du club Excel

Face à la montée du sport de la voile, une partie des membres du club se désintéressait de plus en plus des courses de canots. Ce qui favorisa la fondation de l’Excel Boating Club, qui s’occupa exclusivement de régates de canots. Le Longueuil Boating Club se concentra sur les compétitions à voile.



C’est en 1936 que l’avocat John Kerry fonde le club Excel et l’établit à proximité du Longueuil Boating Club. Cette fondation occasionna une série de démissions, dont fit état le conseil d’administration le 16 mai 1936, en l’attribuant au dépit de Kerry de ne pas avoir été admis membre à vie.

 





Une pause sur le fleuve. Le voilier Bonita, de I. Voronkoff, en 1937.

(Archives du Club nautique de Longueuil)





Le 27 mai 1937, l’ancrage d’embarcations de l’Excel dans la baie du Longueuil Boating Club est l’objet de discussions au conseil d’administration. On décide d’aviser le président du nouveau club et ancien commodore W.W. Browning, que l’endroit est réservé à l’usage exclusif des membres du club nautique de Longueuil. Quant aux adhésions, elles ont considérablement diminué. Elles sont passées de 263 en 1935 à 151 en 1937.



La remontée s’y fit graduellement, sous le commodore C.-R. Mandeville. L’activité s’intensifia. En 1937, on organisa pas moins de vingt-cinq courses de voiliers. Il y avait alors dans la baie presque autant de voiliers que d’embarcations à moteur.

Rappel des jeunes - Admission des femmes

La scission ne doit pas faire oublier que le Longueuil Boating Club manifestait une ouverture envers les jeunes et les femmes, contrairement à l’attitude de l’organisme à la fin du 19e siècle.



Le 5 juin 1905, le club donnait de nouveau accès aux adolescents. Le conseil d’administration, présidé par G.R. Gray, décidait d’accepter cinq candidats comme membres juniors, à savoir Louis J. Clark, Charles Hill, Albert J. Hill, Harold C. Cross et Stanley Cross.



Quant aux femmes, elles furent accueillies comme membres associées en 1931. À l’assemblée générale annuelle du 7 mai 1932, un paragraphe (5-E) fut ajouté à la constitution pour permettre non seulement l’admission des femmes mais aussi des jeunes filles à partir de 18 ans. La cotisation fut de 2$ pour les premières et de 1$ pour les secondes. Ces adhésions, de même que celles des adolescents, ne donnaient ni droit de vote, ni le droit d’être élu au conseil d’administration. La femme restait une mineure...comme dans beaucoup d’associations à l’époque.

Dévouement des dames auxiliaires

Dès la première saison où elles furent admissibles, en 1931, une trentaine de femmes entrèrent dans le club. Celui-ci comptait alors 68 hommes,24 jeunes gens et 37 cadets. Il est à noter que l’admission des femmes comme membres associés n’abolit pas la section des dames auxiliaires qui continuèrent leur travail. Ce groupement d’aides avait été réorganisé en 1920, sous la présidence de Mme Syd. Thornton, en vue de soutenir le club après la perte de la maison commune dans un incendie le 31 mai 1919.



À l’assemblée générale annuelle 31 mars 1922, elles versèrent le montant le plus considérable au fonds de construction, soit 550$. Le total des dons s’était élevé à 1317$, dont 100$ de la part du colonel William I. Gear, l’ancien commodore qui avait sauvé le club à la fin du siècle précédent. Dans son rapport, le secrétaire honoraire Victor E. Eke fit l’éloge des dames auxiliaires «qui ont travaillé avec une ardeur qui ne s’est jamais démentie et qui ont obtenu des résultats splendides».Grâce au comité de construction, une nouvelle maison commune est édifiée; l’assemblée générale du 31 mars 1922 nomme les deux responsables, Percy M. Knowles et Walter Weir, membres honoraires.

Coup d’oeil sur les membres à vie

Durant la même période, des précisions ont été apportées relativement au statut des membres à vie. À l’assemblée générale annuelle du 12 avril 1912, il est résolu d’amender la clause 8 de la constitution mentionnant qu’un membre devient automatiquement membre à vie, après avoir versé ses cotisations durant quinze années consécutives. Il est décidé qu’un membre actif peut être considéré membre à vie s’il donne immédiatement le montant qu’il lui reste à compléter, sans attendre l’écoulement complet du temps des quinze années.



En 1922, sur 250 membres, on comptait 42 membres à vie. Il fut de nouveau question d’eux à l’assemblée annuelle du 1er mai 1937. Le commodore C.-R. Mandeville fit passer une résolution stipulant que tous les membres comptant plus de quinze ans d’ancienneté dans le club, il y avait une dizaine d’années, devaient être ipso facto reconnus membres à vie. Le 22 juillet suivant, le conseil admettait comme membres à vie, en raison de leurs quinze années d’assiduité, l’ex-capitaine Victor Lauzé et Alex.-A. Grimard. Les membres à vie constituaient comme le sénat du club.

Des sommités - Wilfrid Laurier

Le décès d’un membre à vie était toujours souligné par le club. D’autant plus que beaucoup étaient des sommités locales. Ainsi, à sa réunion du 1er août 1904, le conseil d’administration exprimait à la veuve de Damase Brissette «nos sincères condoléances dans son immense chagrin» et «son propre sentiment de chagrin de perte d’un ami et membre si estimé du club» et voulait marquer «leur grande appréciation des nombreuses qualités honorables et précieuses manifestées par Monsieur Brissette dans l’intérêt et le bien-être de la ville de Longueuil et de ses habitants».



Damase Brissette avait été entre autres le fondateur du premier service d’omnibus Longueuil-Montréal; il avait de plus été conseiller municipal de 1883 à 1889. Au nombre des membres honoraires, qui étaient choisis chaque année, le plus important de la période fut certes sir Wilfrid Laurier, désigné à la réunion du conseil d’administration du 6 juin 1916. Premier ministre du Canada de 1896 à 1911, Laurier, à la toute fin de sa carrière, était toujours chef du parti libéral.

Les biens du club

Donnons un aperçu des biens du club durant la période. En 1905, on comptait une maison commune évaluée à 1 215$, quatre hangars à bateaux et dans la flotille (estimée à 300$), entre autres embarcations, un canot de guerre nouvellement acquis.


En 1933, on disposait toujours d’une maison commune, mais reconstruite après l’incendie de 1919. Plusieurs nouvelles cabines avaient été installées pour l’outillage, le déshabillage des nageurs, etc. Le quai était en bon état. L’ancien court de tennis avait toutefois été transformé en terrain de stationnement.



Ce tableau de trois décennies pourrait se clore par la vision des régates du 23 juillet 1932 qui furent un succès malgré un fort vent. En raison de ce fait, les courses destinées aux dames durent avoir lieu à l’abri de la baie. Les trophées furent remis en soirée, dans la maison commune, par Mme W.M. Browning, présidente de l’association des dames auxiliaires et l’épouse du commodore honoraire.



C’était l’homme qui devait éventuellement diriger le club Excel, qu’on peut symboliser par un canot, face au voilier représenté par le club nautique de Longueuil. Le vent de la durée favorisa ce dernier qui survécut même aux départs des meilleurs de ses membres pour la guerre, en 1914-1918 et 1939-1945, comme le prochain chapitre le montrera.

 




En pleine régate de 1937. (Archives du Club nautique de Longueuil)

 

Chapitre 6

 

Durant la guerre de 1939-1945,ce furent les femmes et les jeunes garçons qui maintinrent le Longueuil Boating Club vivant. En effet, beaucoup de membres seniors s’enrôlèrent ou furent accaparés par leur travaux reliés aux hostilités. De ce fait, durant cette période, le club prit un nouveau visage; il devint un centre de loisirs où les sports nautiques n’étaient pas essentiels.


Pendant le conflit mondial antérieur, celui de 1914-1918, le club fut moins affecté par le départ des membres. Il y eut toutefois des manifestations patriotiques aussi vives d’appui envers ceux qui s’étaient enrôlés, que cela s’était produit en 1939-1945.

Augmentation des membres

Jamais, dans toute l’histoire du club, il y eut autant de membres que durant la seconde guerre mondiale. On en vint à dépasser le chiffre de 400 personnes. Bien que les femmes et les adolescents fussent majoritaires, en aucun temps ils ne firent partie du conseil d’administration. Et bien que celui-ci en vint à être composé presque uniquement de Canadiens français, ce fut la langue anglaise qui resta la langue officielle des procès-verbaux, même si on ajoutait une traduction de temps à autre.



La guerre demeurait continuellement présente dans l’esprit des membres du club en 1914-1918 et en 1939-1945.On organisa même le dévoilement de tableaux d’honneur où figuraient les membres qui s’enrôlaient devenaient automatiquement membres honoraires.

Régates et natation

Même si les sports nautiques accaparaient moins la programmation, il ne faut pas penser que les régates annuelles avaient été annulées. Non pas. Et même la flotille avait été augmentée. Mais les activités sociales, comme la natation et la plage, avaient pris le pas sur les autres.



Quand la guerre de 1939 fut déclarée, le commodore était C.-R. Mandeville et les autres officiers: Félix Bissonnette, vice-commodore; Alain Lord, trésorier; Raymond Grimard, secrétaire; H. Millard, capitaine; F. Marchand, capitaine de la flotte; N.J. May, L. Nicolle, S. Brecknock, Alex.-A.Grimard, directeurs.



Selon le rapport du secrétaire Raymond Grimard, daté du 6 mai 1939 – le premier écrit avec version française dans toute l’histoire du club -, les activités nautiques, quant au canotage et à la voile, vont en s’amplifiant. Sur terre, le chemin longeant le bord de l’eau, de la rue Victoria au quai du club, a été grandement amélioré. Le quai lui-même est en excellent état. De plus, un enclos est maintenant érigé pour assurer la sécurité des enfants qui ne savent pas nager.




Constructeur de voiliers

Le commodore C. R. Mandeville fut un promoteur des régates de voiliers et aussi un habile constructeur de ces bateaux. Il en réalisa une cinquantaine de modèles tels Moth, Y-Flyer, Cadet, Sprug et Duet. Nous le voyons ici (au centre) à l'oeuvre dans le sous-sol de sa maison, au 86 rue Victoria, à proximité du club auquel il consacra une grande partie de sa vie. ( Archives du Club nautique de Longueuil)



D’après la secrétaire Grimard, toujours, le club compte alors 197 membres, se répartissant comme suit: 58 hommes, 51 femmes, 25 jeunes filles et 12 garçons. Il faut ajouter à cette liste 37 membres à vie et 11 membres honoraires.

Esprit patriotique

Même s’il dut en être question dès le début des hostilités, les procès-verbaux ne font état de la Seconde Guerre mondiale qu’à l’assemblée annuelle du 5 octobre 1940. Dans son rapport, le secrétaire note que plusieurs membres n’ont pu participer aux activités du club, s’étant enrôlés «pour défendre nos libertés». En raison de ces départs, les compétitions nautiques ont été moins nombreuses que par le passé; elles n’ont toutefois pas cessé d’être populaires.



La flotille du club augmente toujours. Elle compte entre autres le joli croiseur Cécilia, le yacht de course Escapade, champion de l’Est du Canada et l’élégant trois-mâts Andastra II. Ces bateaux et les autres portent fièrement les couleurs du club tout le long du St-Laurent.



Le trésorier rapporte, à l’assemblée du 5 octobre 1940, que les cotisations les plus importantes proviennent des membres masculins seniors (352.80$) et des dames (76$). D’autres revenus sont dûs à la location du terrain (103.50$), au halage (121.50$), à la location des cabines (68$), à l’entreposage des cabanes (60.50$) et aux danses (52.89$).


La plus grande partie des frais touche l’entretien de la maison commune et des quais ainsi que la surveillance de la propriété. Au nombre des biens du club, la maison commune est évaluée à 4 500$. On compte neuf cabanes, à savoir celle du gardien, cinq cabines réservées au déshabillage des baigneurs, deux abris de canots et une remise à outils.

Membres honoraires

À l’assemblée générale du 14 novembre 1940, sous la présidence du commodore Léon LeBrun, il est décidé que tous les membres du club qui ont joint les forces armées seront nommés membres honoraires. Le 13 mars suivant, Eric Drinkwater, directeur, démissionne pour s’enrôler dans l’armée active. Il est ipso facto nommé membre honoraire.



À cause de la guerre, d’autres démissions surviennent le 15 avril 1941; celles de M. McKay et de M. Gagné, secrétaire «en raison des pressions de son travail de guerre». Ces démissions sont acceptées avec regret. Drinkwater et Gagné sont remplacés au conseil par L. Aubin et J. Simard. Démissions aussi du commodore C.-R. Mandeville, du vice-commodore F. Bissonnette et du capitaine Dufault.

Année orageuse

Il semble toutefois que ces trois dernières démissions n’aient pas eu de lien direct avec l’état de guerre. On retrouve en effet ces officiers occupant des fonctions dans le conseil d’administration élu le 18 octobre 1941: Robert Dufault, vice-commodore; C.-R.Mandeville, capitaine et F.Bissonnette, directeur. On choisit alors comme commodore Léon LeBrun et comme secrétaire, Jacques Simard.



Celui-ci, dans son rapport du 18 octobre 1941, remarque: «La fin de l’année dernière fut certes la plus orageuse dans toute l’histoire du club. Croyant que nous pouvions conquérir une meilleure place au soleil, quelques membres luttèrent pour faire prévaloir leurs vues. Félicitations à Robert Dufault, au commodore Léon LeBrun et à Jack Mandeville».

Nouvelle clientèle

Le secrétaire Simard précise que «les plus ardents participants des courses nautiques étant enrôlés, il y en eut très peu; mais le commodore organisa tout de même des régates annuelles».



En fonction d’une nouvelle clientèle, on acquit des pédalos ainsi qu’une plongeoire. On ajouta une balançoire destinée aux enfants et une chaloupe mise en location pour les familles. En l’espace d’un an, entre 1940 et 1941, on était passé de 151 membres actifs à 301.

Comme activités sociales, il y eut l’organisation de soirées de bingo et de danses avec orchestre, chaque samedi soir. De plus, le juke-box, nouvellement installé dans la maison commune, rapporta en 1940 la jolie somme de 94.30$.



On incite toutefois les jeunes à pratiquer des sports, par exemple la natation. Le capitaine rapportait au conseil, le 14 juillet 1942, que des courses de nage étaient prévues le vendredi soir pour les membres juniors. D’autre part, des régates mettaient en jeu 36 prix le 9 août 1942.

Sauvetage du club

Dans son rapport à l’assemblée générale du 3 octobre 1942, le secrétaire Jacques Simard se félicite que le conseil d’administration «sachant que la guerre nous enlèverait un haut pourcentage de membres seniors, ait décidé d’accentuer le recrutement des dames et des adolescents».



La justesse de cette politique a porté fruit. Malgré la guerre, le club nautique s’est épanoui. Sans compter les membres à vie, les adhésions sont passées de 301 à 387, ajoute le secrétaire. «En dépit des restrictions de guerre, il y eut de nombreuses activités sportives; plusieurs courses de bateaux à voile furent tenues avec les extraordinaires «Y-Flyers»...». De plus, «toutes les danses et la mascarade furent des succès».



D’après le secrétaire Gilles-A. Montreuil, dans son rapport du 16 octobre 1943, «la guerre, est cause de la diminution de moitié des membres intermédiaires et seniors». Par contre, le nombre des membres masculins juvéniles et juniors a augmenté. Même s’il y eut des courses d’embarcations deux fois par semaine au cours de la saison estivale, des activités autres ont pris le pas. Par exemple, les danses, dont la moyenne des présences a été d’une centaine de personnes ce qui représentait un record en regard des années précédentes. G. Larose organisa un bal blanc à la fin de la saison estivale et une randonnée en traîneaux au mois de janvier.

Présence féminine

Le 8 novembre 1944, moins d’une année avant la fin de la guerre, le nombre de membres était de 437, soit le plus élevé dans toute l’histoire du club. On comptait 158 femmes et jeunes filles, 106 garçons juniors et 88 hommes.



Le secrétaire Montreuil croyait que, avec sa flotille de cinquante bateaux (à voile et à moteur), le club regagnerait bientôt son statut de yacht club. Dans les compétitions de la dernière saison, la classe de «Y-Flyer» avait dominé la scène avec la famille Askew. On reprit aussi même été, les croisières au clair de lune, et cela avec un très grand succès.

Le sénat du club

Le club compte alors, en 1944, vingt-quatre membres à vie, dont sept de Longueuil, et les autres de Montréal. Les Montréalais sont F. Bissonnette, M. Bouchard, John Donovan, Albert Duval, Alphonse Duval, E. Ethier, A.-A. Grimard, H.Millard, H. Greenshields, C.J. Harrod, J. Wear, F.H.S. Thornton, Jacques Simard, Léon LeBrun, Yvan Vorinkoff, Roland Serres. De Longueuil: C.-R. Mandeville, Thomas Letts, V. Lauzé, J.-M. Edson, J. Marcoux, Robert Dufault, E.S. Kent, J.H. Lymburner (St-Lambert).


Lors d’une assemblée générale, le 3 octobre 1942, le conseil d’administration, présidé par le commodore Robert Dufault, avait voulu nommer C.-R. Mandeville membres honoraires à vie. Alex Grimard s’y était opposé en soutenant que Mandeville lui-même et d’autres étaient devenus membres à vie par seniorité, en vertu de la constitution de 1927. Le statu quo fut maintenu.

Tableau d’honneur

L’esprit qui prédominait au club, lors de la guerre de 1939-1945, portait le souvenir des membres qui combattaient les États fascistes. On était très près de la famille royale d’Angleterre. Ainsi, le 4 septembre 1942, le club adressait un télégramme de condoléances au roi George VI à l’occasion d’un deuil familial.



Le 2 février 1944, le conseil décide de faire poser dans la maison commune un tableau d’honneur donnant la liste de tous les membres du club ayant joint les forces canadiennes. La cérémonie du dévoilement eut lieu le 5 août 1944, avec comme invités les soldats disponibles. Les bénéfices de cette soirée de danse furent versés aux membres en service militaire.

En 1914-1918

Le même esprit avait existé et des gestes semblables avaient été posés au club durant la guerre de 1914-1918. En particulier, on avait aussi nommé membres honoraires ceux qui s’étaient enrôlés et leurs noms avaient été inscrits sur un tableau d’honneur à la maison commune.



La première allusion à ce conflit mondial fut faite à l’assemblée générale semi-annuelle du 2 octobre 1914 où il fut dit que «plusieurs membres de notre club ont répondu à l’appel des armes». Les premiers soldats à être reçus membres honoraires furent C.D. Craig et W.G. Owen «actuellement au front», lors de la réunion du conseil d’administration, le 11 mars 1915. Une résolution de l’assemblée générale, le 10 avril suivant, détermine que «tous les membres qui sont en service actif» deviendront automatiquement membres honoraires.



Même si les procès-verbaux n’en gardent aucun souvenir, il n’y a pas de doute que la victoire des Alliés en 1918 et en 1945 fut célébrée avec éclat au club nautique. Celui-ci, en 1939-1945, grâce aux femmes et aux jeunes garçons, avait pu traverser avec honneur la tempête, en sortant fort et majestueux comme un splendide voilier. Avec le retour des hommes de guerre, une nouvelle phase s’annonçait. C’est ce que nous verrons dans le prochain chapitre.

 

Chapitre 7

 

Comme ces anciens naufragés, qui lançaient une bouteille à la mer contenant un appel au secours, le Longueuil Boating Club réclama d’urgence auprès du gouvernement fédéral le dragage de sa baie pour assurer sa survie. Ce fut deux ans après la guerre de 1939-1945 que cette mesure s’imposa et se réalisa finalement grâce aux efforts du commodore Robert Dufault.



De la fin du conflit mondial jusqu’en 1957, le nombre de membres ne cessa de diminuer, de fondre même puisqu’il passa de 400 à moins de 200. Il y eut graduellement une baisse du nombre de femmes et de jeunes gens. Diminution aussi de l’intérêt pour les sports nautiques, même si paradoxalement la flotille fut en augmentation.

S.O.S. du club

La recommandation relative au dragage fut prise à une assemblée générale du club, le 21 décembre 1947. La résolution demandait au gouvernement fédéral de faire creuser la baie dès le printemps de 1948 «pour sauver l’existence» du Longueuil Boating Club.



On y constate que les travaux de creusage que fait le gouvernement dans le port de Montréal occasionnent une baisse du niveau de l’eau, ce qui a provoqué le rétrécissement de la baie de Longueuil, une anse d’environ 200 par 400 pieds, creusée il y a vingt-quatre ans, et remplie de bateaux de plaisance de toutes sortes qui y sont ancrés.





Enfants de navigateurs

Des bambins de membres du club jouent au soleil de septembre 1948; en arrière plan, des embarcations amarrées (Photo: Jeanine Duguay)





Cette baie, indispensable à la survie du club, est devenue inadéquate. Si aucun creusage n’a lieu, le Longueuil Boating Club devra discontinuer toutes les activités avec le résultat que les membres ancreront leurs bateaux ici et là, à la merci des intempéries et de rencontres de bâtiments de la Marine marchande.



La résolution rappelle au gouvernement, que le Longueuil Boating Club rend des services au pays entier en orientant vers la Marine de guerre canadienne, des jeunes recrues qu’on entraîne au maniement des bateaux et à la pratique de la natation.

Le dragage

Cette résolution a finalement porté fruit puisque le secrétaire annonçait aux membres, le 14 mars 1950, que le dragage de la baie était complété, élargissant considérablement l’espace d’ancrage disponible. Cette amélioration, croyait-on, devrait avoir pour effet une augmentation appréciable du nombre d’embarcations, une adhésion plus prononcée de nouveaux membres et la stimulation de l’enthousiasme des anciens.



L’achèvement de ces travaux, selon le secrétaire, marque l’aboutissement heureux de nombreuses démarches de la part de l’infatigable commodore Robert Dufault et du député fédéral Roch Pinard. Dufault est nommé à l’unanimité commodore honoraire.

Travaux considérables

Le contrat s’était chiffré à 23 800$. La matière enlevée pour le dragage couvrait 13 000 verges cubes. À la fin des travaux, la profondeur minimum de l’eau était de dix pieds. La façade du club sur le fleuve était portée à une longueur totale de 640 pieds, ces dimensions couvrant le côté sud de la baie, de l’extrémité jusqu’à la section près du rivage.


La surface draguée fut prolongée à l’embouchure de la baie sur une distance de 120 pieds, à partir du point central vers le quai Kerry, et près du rivage sur une distance de 75 pieds. La surface totale de la zone au dessus de la partie draguée de dix pieds fut de 64 650 pieds carrés. La façade du quai en béton armé compléta les travaux, ce qui devait prévenir toute érosion par la glace durant l’hiver.

Hommage au commodore Dufault

À l’assemblée générale du 20 mars 1951, Dufault est de nouveau choisi commodore honoraire pour la saison. Le club veut ainsi souligner ses efforts dans l’établissement de relations efficaces avec le département fédéral des travaux publics, responsable du dragage de la baie.



Le commodore Dufault est nommé à la présidence d’un comité de liaison avec le gouvernement d’Ottawa. Il recommande d’adresser des lettres de remerciements aux ministres Lionel Chevrier et Roch Pinard pour la construction d’un mur de protection sur la propriété du club.





Une sirène du Longueuil Boating Club en 1948. Jacqueline Caron. On remarque à l'arrière-plan, le groupe de petits chalets appartenant au club. (Archives de la Société historique du Marigot)

 

Diminution du nombre de membres

En dépit de ces améliorations, le nombre de membres ne cessa de diminuer. Selon le trésorier F.Clearer,dans son rapport du 8 mars 1949, on comptait 253 membres dont 183 hommes, y compris les vingt-cinq membres à vie. Trois ans plus tard, le 2 mai 1952, il n’y avait plus que 178 membres, parmi lesquels seulement vingt-huit femmes.




Face aux intempéries. Chaque printemps signifiait inondation. C'est pourquoi la maison commune du Longueuil Boating Club était bâtie sur pilotis. (Archives de la Société historique du Marigot)





Touchant la flotille, elle est de 110 bateaux en 1950. En raison des départs de H. Askew et N.Horton, deux directeurs fanatiques des «Y-Flyers», l’intérêt en faveur de ces embarcations était à la baisse. Le comité des voiliers connut quant même un certain succès. On organisa 16 courses réservées aux «Y-Flyers»: Normand Pascoe et son équipage, Keith Carter et Harry Wind, sur le Flossie, fournirent une belle performance.



En 1951, le club acquiert un bateau de sauvetage, qui s’est avéré très utile, précise le secrétaire Robert G.Fiegehen dans son rapport du 26 février 1952. Les biens immobiliers du club comprennent alors la maison commune au 86 rue Victoria (évaluée à 5 000$), et treize chalets ou cabines servant au déshabillage, aux casiers, à l’outillage, à la cantine et à la surveillance. La totalité des biens est estimée à 8 243.77$.





Au large. La trésorière Linda Gritchlow et le commodore André Laframboise à bord d'un voilier pingouin. (Archives du Club nautique de Longueuil)


Popularité des danses

Les danses sont aussi populaires du club qu’en temps de guerre. Dans son rapport du 8 mars 1949, le secrétaire Marcel Lamoureux nous assure que la salle de danse a été ouverte «presque tous les soirs» durant la saison estivale. La moyenne de l’assistance était de 75 personnes. Selon l’organisateur des activités sociales, Guy Masson, on prévoyait en 1950 une dizaine de soirées de danses officielles, y compris le fameux bal blanc.



Mais ce succès ne masquait pas au conseil d’administration le déclin du nombre des amateurs de sports nautiques. «Heureusement, il reste un noyau de membres enthousiastes», s’exclame le 2 mai 1952 le secrétaire, se voulant rassurant. «Il faut s’engager davantage, ajoute-t-il, faire plus que payer sa cotisation. C’est l’esprit de collaboration qui doit prévaloir. Du fait que la population de la Rive Sud augmente et que nous sommes le seul club nautique dans la région, notre recrutement devrait être facilité. Que ceux qui le peuvent s’engagent au sein du prochain conseil d’administration pour maintenir haut les belles traditions de notre club».

Manque d’enthousiasme

Lors des élections, le secrétaire Robert G. Fiegehen fut réélu de même que le commodore C.-R. Mandeville. Les autres membres de ce conseil qui devait, selon le secrétaire, créer un éveil, étaient: John Colligan, vice-commodore; Ed.Garret, trésorier; R. Robert, capitaine de terre; Bruno Amyot, capitaine de la flotte; Power, Parkin, Pascoe et Lemay, directeurs.



À l’assemblée générale annuelle du 26 février 1953, le secrétaire Fiegehen nous apprend que «le conseil d’administration a fait des efforts qui n’ont malheureusement pas été appuyés par la majorité des membres... Il y a un manque d’enthousiasme de la part des amateurs de sports nautiques. Pourtant, notre club a su se distinguer dans le passé... Le Longueuil Boating Club doit reprendre sa place honorable dans la vallée, sur le St-Laurent où il a jadis remporté tant de trophées».



Le 13 mai 1955, lors de l’assemblée générale, le secrétaire déplorera que le Longueuil Boating Club n’ait pas été représenté, au cours des deux années précédentes, dans les compétitions inter-clubs de la St.Lawrence Valley Yacht Racing Association. La tendance était aux croisières plutôt qu’aux courses, à la baguenaude plutôt qu’aux défis.

Baux avec les Ports nationaux

Reconduit dans ses fonctions de commodore honoraire, le 26 février 1953, Robert Dufault prit en main le dossier des baux avec le Conseil des Ports nationaux, dont le club était locataire. C’était un dossier assez complexe.



Une correspondance de 1955-1956 entre Dufault, le député fédéral Auguste Vincent et le maître du port de Montréal, Guy Beaudet éclaire quelque peu la question.



En 1953, le club avait cédé à la ville de Longueuil un espace de terrain, compris entre la maison commune et le fleuve, pour permettre l’érection d’un mur de soutènement apte à empêcher les inondations printanières, qui sévissaient depuis de nombreuses années. À cette époque, le club demanda à la Commission du Havre de pouvoir disposer d’un autre espace afin d’y placer des embarcations, vue l’impossibilité de le faire en face de la maison commune.



Le député Vincent suggéra à Beaudet que l’ensemble de l’espace fût loué à un prix nominal. Vincent assurait que le club avait une excellente renommée, qu’il était très utile, mais qu’il demeurait un organisme à but non lucratif.



Ces bons arguments ne furent pas entendus, du moins en 1956 et 1957. Ce fut peut-être l’un des motifs de la démission du commodore Ed. Garret, le 22 juin 1956. Dans sa lettre, Garrett soulignait qu’il n’avait «aucune autre alternative que de démissionner».


Dans le chapitre suivant, nous verrons comment le Longueuil Boating Club devint le Club nautique de Longueuil.





Un fier compétiteur, à bord de son voilier "Y", Ivan Voronkoff et son équipage portant les couleurs du Club nautique de Longueuil sur le lac Saint-Louis. (Archives du Club nautique de Longueuil)

 

Chapitre 8

 

La décennie 1960 a été celle des métamorphoses. Alors que toutes les traditions étaient remises en question dans la société québécoise, il aurait été surprenant qu’aucun écho n’en parvienne au plus ancien club nautique de la région. Tout d’abord anglophone, à majorité francophone depuis longtemps, l’organisme décidait, après beaucoup de tergiversations, non seulement de se donner un nom français, mais aussi d’utiliser cette langue au conseil, en assemblée générale, ainsi que dans la rédaction des procès-verbaux.



De plus, la transformation du réseau routier força le club à une réinstallation complète en 1966. L’année suivante, un vent de dissension soufflait sur l’organisme qui, dans le contexte de l’Exposition universelle de Montréal célébrait son centième anniversaire de fondation.

Changer de nom

C’est le 18 mars 1965, à l’occasion de l’assemblée générale annuelle, qu’il fut question pour la première fois de changer le nom du Longueuil Boating Club. Ce fut dans le contexte de la préparation d’une nouvelle constitution. Après de longues délibérations, aucune décision ne fut toutefois prise.


À l’assemblée annuelle du 12 mars 1967, le Dr Paul Ferron, frère de l’écrivain Jacques Ferron, proposait de changer le nom de Longueuil Boating Club pour celui de Club nautique de Longueuil. Des amendements furent apportés et finalement, un vote décidait que l’organisme conserverait son nom anglophone, conjointement avec le nom francophone recommandé par le Dr Ferron.

Nouvelle constitution

À cette assemblée, qui représentait un tournant dans l’histoire du club, John Flynn fut élu commodore; André Duguay, vice-commodore; Lucille Groulx, secrétaire; Maurice Thibeault, trésorier; Gérard Lalonde, capitaine de la flotte; Marcel Paradis, capitaine de terre; Jean-Paul Jodoin, Pierre Idziepcyak, A. Brousseau, Albert Foisy, directeurs. À noter que pour la première fois depuis un siècle, une femme siégeait au conseil d’administration.



La nouvelle constitution fut rédigée en français, un précédent également dans l’histoire du club. Le fanion et les couleurs demeuraient les mêmes. On élabora davantage sur le but de l’organisme, à savoir «d’encourager le yachting, d’organiser des courses, de fournir des facilités d’ancrage, de quaiage et d’entreposage, l’hiver pour les bateaux des membres, ainsi que de maintenir un chalet, le tout sur une base non lucratif».


L’une des clauses les plus importantes de cette constitution, renouvelée de celle de 1960, avait trait aux membres à vie. Il fut décidé que ce statut ne serait plus attribué dans l’avenir, mais que les privilèges des membres à vie actuels seraient maintenus. Cette résolution, proposée par Jean-Marc Brien, fut acceptée en assemblée générale spéciale, le 16 juin 1967.

Réaménagement

Une année avant l’adoption d’une nouvelle constitution, le club décidait en 1966 d’entreprendre un réaménagement de ses installations. L’implantation d’une autoroute le long du fleuve avait forcé les membres à envisager un déplacement. Il n’était pas logique d’avoir une voie rapide, interdite aux piétons, située à mi-chemin entre un club nautique et son bord de l’eau.



Il fallut, non sans un serrement de coeur, abandonner le site jusque là occupé par le club et rebâtir au nord de la route 3A une maison commune, digne et respectable, évaluée à 25 000$. En cette même année, en plus de creuser et d’agrandir la baie, on érigea, au coût de 10 000$ quelque 350 pieds de quai en ciment. On dressa enfin une rampe de lancement pour bateaux, évaluée à 2 500$.

Vente de la maison commune

C’est pourquoi, au cours d’une assemblée spéciale des membres à vie – ayant juridiction sur les biens du club -, le Longueuil Boating Club décidait, le 9 juin 1966, de se départir du terrain et de l’immeuble situé au 16, rue Victoria. Il fut proposé que la propriété fût vendue et que les recettes en fussent réparties de la façon suivante: les premiers 2 000$ seraient versés au fonds de réserve du club, les 16 000$ suivants, à l’installation de la maison commune et la balance serait utilisée à l’aménagement des quais et au terrassement.



Cette importante assemblée, présidée par le commodore Jean-Marc Brien, comprenait dix-huit membres à vie, parmi lesquels la première femme à détenir ce statut, madame C.-R. Mandeville.



Mais le club nautique fut ralenti dans son élan par une lettre de l’ingénieur de la ville de Longueuil exigeant l’arrêt des travaux de construction, sous prétexte que l’espace situé au nord de la route 3A devait être réservé à l’établissement de parcs publics; un permis de construction fut finalement accordé le 30 août 1966.

Nouveau chalet

La vieille maison commune fut démolie aux frais du nouveau propriétaire. Toutefois, une quantité de matériaux récupérables furent rachetés pour servir à la construction du nouveau chalet.



Grâce à la collaboration de quelques membres, dont Emile Jodoin, Paul Ecrément, John Flynn et Albert Foisy, «nous avons maintenant à notre disposition, déclare le commodore Jean-Marc Brien, dans son rapport du 12 mars 1967, un chalet dont nous pouvons être fiers et sans lequel, soit dit en passant, le club aurait été forcé de cesser ses activités. En effet, les autorités tant fédérales que municipales, nous a-t-on assurés, ne nous auraient pas laissés opérer une saison de plus avec nos vieilles constructions».




Maison commune en chantier. Le 26 août 1966, commençaient officiellement les travaux de construction d'une nouvelle maison commune. De gauche à droite, au cours de la levée de la première pelletée de terre: Armand Chiasson, membre: J.-P. Beaulieu, conseiller municipal; André Duguay, directeur; A. Blier, conseiller municipal; Paul Ecrement, directeur; Jean-Paul Brien, commodore; Paul Pratt, maire de Longueuil; A. Martel, secrétaire; P. Fortin, président de Billet Construction; André Burgoyne, trésorier; André Laframboise, commodore honoraire. (Archives du Club nautique de Longueuil)

L’espoir de l’Expo’67

Les dirigeants du club souhaitaient que cette mise en chantier conduise à une participation à l’Exposition universelle de Montréal. On était situé à un demi mille en aval de la marina de l’Expo ’67. Le Longueuil Boating Club était le club nautique le plus à proximité de Montréal.







Régate du Jour de l'Action de grâce, en octobre 1966 (Archives du Club nautique de Longueuil)

 

Aussi le commodore Brien s’adressa-t-il, le 14 septembre 1966, au ministre fédéral des Travaux publics, C.J. McIlraith, pour obtenir le creusage de la baie et la construction de deux brise-lames; l’agrandissement de la baie pour augmenter la capacité d’ancrage et les brise-lames pour protéger les embarcations légères des vagues dues au passage des paquebots.

La ville face au fleuve

Entre temps, la ville de Longueuil songeait à l’aménagement de la partie de son territoire située en bordure du St-Laurent. Jusque là, selon un mémoire de l’ingénieure Jean Curzi, l’endroit était «dans un état déplorable». Les travaux considérables de terrassement «ont transformé ce lieu de récréation de la Communauté en un chantier où les masses de remblais, les eaux stagnantes, les mauvaises herbes et les déchets et rebuts de toutes espèces rendent impossible toute activité de loisir».



L’ingénieur rend hommage dans ce mémoire au Club nautique de Longueuil qui «par l’effort incessant de ses membres, a réussi à préserver et à aménager dans une certaine mesure une partie de ce territoire riverain». Mais «les ressources limitées du club ont forcément réduit l’influence qu’il peut exercer sur l’utilisation et l’aménagement de l’ensemble de la zone».

Baux à long terme

Au cours de l’automne 1966, le Conseil des Ports nationaux signait des baux à long terme avec le Club nautique. Ces baux couvraient les années 1966-1971; le coût du loyer passait de 400$ à 1 000$. Un renouvellement était prévu jusqu’en 1991.



Ce furent les premiers baux à long terme jamais consentis au club nautique. Ils permettaient la location d’une étendue de 515 745 pieds carrés de terrain, soit une augmentation appréciable sur les 145 000 pieds carrés qu’on possédait jusque là.

Dissensions

À tous ces efforts pour redonner au club une belle visibilité se mêlèrent au printemps de 1967 des dissensions intestines. Bruno Amyot fut au coeur d’une cabale entreprise contre le commodore nouvellement élu, John Flynn et son équipe.



Amyot était vice-commodore en 1966. En compagnie des anciens secrétaire et trésorier, Léon Lamarche et André Burgoyne, il contesta l’usage de procurations dans l’élection de Flynn. Quoique même sans celles-ci, Flynn aurait été élu.



Dans une lettre adressée à tous les membres, le 15 avril 1967, Roger Martel, le nouveau secrétaire remplaçant Lucille Groulx, donnait les noms d’un conseil d’administration remanié parce que «plusieurs membres élus ont décidé de résigner en faveur d’autres membres, directeurs du comité (c.a.) précédent». Amyot et Burgoyne se retrouvent directeurs avec le commodore ex-officier Jean-Marc Brien.



Amyot revient à l’assaut cette fois contre le vice-commodore André Duguay, parce que l’épouse de celui-ci, Jeannine Duguay, avait obtenu, en toute légalité toutefois, la concession de la cantine du club en avril 1967. Elle détenait de plus le droit de vendre des boissons alcoolisées ainsi que des produits pétroliers, requis par les amateurs de bateaux. À une réunion du conseil d’administration donc, le 14 juillet 1967, Amyot réclame la démission du vice-commodore Duguay, sous prétexte de conflit d’intérêt. Le conseil confie à l’ancien commodore Brien le soin d’étudier ce problème.

Cabale contre le commodore

Le 28 juillet suivant, Amyot ramène la question au conseil, exigeant avec violence la tête du commodore Flynn. Pour parvenir à ses fins, il remet sa démission comme directeur, de concert avec Roger Martel, Jean-Marc Brien, André Burgoyne et Maurice Thibault.



Martel réclame un vote de non-confiance envers le commodore. Le résultat est de 5-3 contre Flynn qui se retire. Maurice Thibault est nommé commodore, sur proposition de Roger Martel, le secrétaire, qui mène les délibérations. Martel propose aussi Paul Ecrément aux fonctions de directeur. Le même Martel demande aux directeurs démissionnaires de reprendre leurs postes, ce qu’ils font à l’exception de G. Lalonde qui dénonce vertement la cabale.

Courage de Flynn

Avant de réclamer le vote de non-confiance, Martel avait reconnu que le commodore avait toujours travaillé pour le bien du club, mais il avait prétendu qu’il y avait incompatibilité de caractère Flynn et les directeurs démissionnaires.



Présent à l’assemblée, l’ancien commodore Léo Lafrance félicite Flynn de son attitude digne et de son courage face à la contestation. Après cette intervention, l’acharnement d’Amyot contre Duguay se poursuit. Il propose qu’un concessionnaire direct ou indirect ne puisse être directeur du club. Ce règlement devra être ratifié à la prochaine assemblée générale.

Nouvelle équipe

Un bulletin de nouvelles, daté du 6 septembre 1967, faisait part aux membres de «plusieurs changements» survenus au conseil d’administration: «Les directeurs suivants ne font plus partie du conseil: John Flynn, Gérard Lalonde, Marcel Paradis et André Duguay. D’autre part, Paul Ecrément a été nommé directeur. Maurice Thibault a été désigné au poste de commodore et Bruno Amyot, au poste de vice-commodore».


«Le conseil actuel se compose donc comme suit: Maurice Thibault, commodore; Bruno Amyot, vice-commodore; Roger Martel, secrétaire; André Burgoyne, trésorier; Jean-Marc Brien, Jean-Paul Jodoin, Paul Ecrément et un représentant intermédiaire, Pierre Béland, directeurs».

L’Expo’67

La cabale et le changement de conseil d’administration en plein coeur de l’année 1967, celle de l’Exposition universelle et du centenaire du club, n’ont guère aidé à l’insertion de l’organisme dans les festivités.



Dans son rapport annuel, donné le 24 mars 1968, le commodore Maurice Thibault écrit que «le club nautique Longueuil yacht club» (nouvelle appellation en franglais) n’a guère servi comme organisme dans le contexte de l’Exposition universelle: «Les chiffres officiels prévoyaient un surpeuplement exagéré de la marina du port Ste-Hélène et notre club était l’endroit tout désigné pour recevoir ce surplus de visiteurs. C’est ainsi que vous remarquerez que dans le rapport financier une somme importante a été investie dans la construction de quais flottants».




Régates internationales de voiliers, modèle Pingouin, à Longueuil en 1968 (Archives du Club nautique de Longueuil)





«Dès le début de ses activités, le port Ste-Hélène a changé sa politique afin de recevoir tous les visiteurs possibles, laissant notre club à un désavantage. Il en est résulté que le nombre des visiteurs attendu chez nous a été beaucoup moindre que prévu, se reflétant également sur tous les secteurs de revenus de notre organisation. L’Expo a également attiré sur les lieux nos membres et leurs familles, ce qui explique en particulier une année moins active de la part des membres de notre club».



Quant aux célébrations du centième anniversaire du club, elle se limita à l’inauguration officielle de la maison commune, samedi soir, le 30 septembre 1967, en présence du ministre fédéral Jean-Pierre Côté et des représentants de la ville de Longueuil.

Nouvel élan

L’année suivante, signe d’un nouvel élan, le club fut l’hôte du championnat international des embarcations Pingouin, du 15 au 20 juillet. En 1969,sous la direction du commodore André Burgoyne, le club fortement structuré reprenait avec ardeur ses régates et ses activités sociales.



La programmation prévoit une quarantaine de courses durant toute la saison pour les juniors (les dimanches), les seniors et intermédiaires (les mercredis soirs) et les dames (les jeudis soirs). On utilise les embarcations dites sabots.



Au nombre des événements spéciaux, on compte deux régates-invitations du club longueuillois (12 juillet, 12-13 octobre), les régates-invitations des clubs de Préville et de Pointe-Claire, une course de longue distance (le 31 août) et la parade des couleurs devant le commodore (le 22 juin). Le comité des régates se compose de Jerry McNea, président, André Laframboise, Paul Ecrément, Jimmy Heath, Walter Gritchlow et de Bill Parish.



Sous la présidence de Léo St-Onge, le comité des activités sociales organise les soirées de danses d’ouverture et de clôture de la saison (les 21 juin et 8 novembre), un bal blanc (le 23 août) et une épluchette de blé d’inde (le 13 septembre). À noter que les sports nautiques prennent le pas en 1969 sur les activité sociales.



Par ailleurs, dans le contexte du jumelage des villes de Longueuil et de Whitby, en Ontario, le club nautique a accepté de se jumeler avec le Whitby Yacht Club en mai 1969. À cette occasion, le club francophone s’identifie comme le Longueuil Boating Club.

Compétence et esprit sportif

Le directeur Pierre Béland avait été menacé de radiation en 1967, en raison de plaintes du président du comité des régates, André Laframboise, qui soutenait que Béland et les frères Jean et Normand Chevalier avaient manqué d’esprit sportif à son égard en contestant ses décisions.



Dans une lettre datée du 15 octobre 1969, Béland affirmait que le rôle de président des régates, rempli par Laframboise, était nuisible au club, et cela depuis 1967. Béland rappelait que le conseil d’administration, sur proposition de Bruno Amyot, avait décidé l’expulsion des frères Chevalier le 17 octobre 1967. Il soutenait que le problème au sein du comité des régates résidait dans l’attitude de Laframboise.



Béland demandait de repenser le fonctionnement du comité organisateur des régates, puis de tenir une assemblée spéciale pour sa réorganisation. Auparavant, il suggérait au conseil de réintégrer dans le club les frères Chevalier.«Je demeure confiant, concluait Béland, que nous pourrons tous ensemble organiser pour les années à venir des régates où l’esprit de compétition fera connaître notre club, lui permettra de récolter l’administration des autres clubs».

Les Boucaniers

La décennie 1960 se termine par l’élection de la première trésorière du club, madame Pearl Gritchlow. D’autre part, Jeanine Duguay cesse d’être concessionnaire du restaurant. Le conseil décide, le 13 novembre 1969, de n’utiliser désormais que des machines distributrices automatiques de nourriture.



Durant cette même décennie, à partir de 1964, la maison commune se transformait certains soirs en boîte à chansons. Les Longueuillois pouvaient alors se rendre chez les Boucaniers entendre Pierre Calvé, Pierre Létourneau, Gilles Vignault et d’autres chansonniers de l’époque, dans un décor de filets de pêche, de cages à homards et de vieux fanions.



Ce fut la décennie des grands espoirs et aussi un point tournant dans l’histoire d’un club centenaire. Le prochain chapitre montrera comment des défis nouveaux ont été affrontés en 1970-1979.

 

Chapitre 9

 

En 1970, le club nautique élisait Jeanine Lalonde-Duguay comme secrétaire. Ce fut la première femme à remplir ces fonctions avec un mandat de longue durée, ce qu’elle fit d’une façon dynamique.

Une femme de tête

Il y avait déjà eu une secrétaire élue, mais elle n’était restée que quelques jours sous le commodore Flynn. Il y avait également eu une trésorière qui, elle aussi, ne demeura pas longtemps en poste et ne signa apparemment aucun rapport financier. Quant à Jeanine Duguay, elle fut en fonction jusqu’en 1975. Elle rédigeait non seulement les procès-verbaux, mais préparait même les discours et exposés du commodore. Elle intervenait dans les assemblées générales pour y mettre de la concorde, et ses avis, donnés avec doigté, étaient appréciés.



Jeanine Duguay avait obtenu la concession du restaurant du club avant d’être choisie secrétaire en assemblée générale. Institutrice, elle avait été à diverses reprises secrétaire d’élection. Elle s’était intéressée au club nautique parce que son mari, André Duguay, qui devait devenir vice-commodore, avait d’abord été surveillant des lieux.




Vue des petits chalets du Longueuil Boating Club

(Archives de la Société historique du Marigot)

 

Les chalets bleus et blancs

Madame Duguay avait commencé à connaître le club en 1948. Elle se souvenait qu’alors de nombreux chalets bleus et blancs (les couleurs du club) étaient regroupés sur la plage. Les gens venaient y passer l’été au coût de 40$. À la fin de la saison, on remontait ces constructions autour de la maison commune, rue Victoria. En ce qui touche la navigation, les anglophones utilisaient tandis que les francophones préféraient les embarcations à moteur. Tout le monde parlait anglais, même entre francophones.


Madame Duguay se rappelait le fléau du club et de la ville les inondations saisonnières. L’embâcle faisait monter l’eau jusqu’à la rue St-Charles, et même au-delà quelquefois, jusqu’à la rue St-Laurent. Des blocs de glace et des poissons remplissaient les salons des riverains. C’est en raison d’ailleurs de cette érosion que la maison commune était bâtie sur pilotis. Durant les inondations, on s’y rendait en chaloupes.

Cours de voile

À sa réunion du 13 novembre 1969, le conseil d’administration se dit prêt à collaborer à un projet du département de la récréation et des loisirs de la ville de Longueuil, visant à organiser des cours de voile pour garçons de 9 à 14 ans, durant les prochaines vacances estivales. On utiliserait six voiliers à cet effet, avec des moniteurs du service des loisirs. On demande au club l’espace et les facilités nécessaires.



La même année, le secrétaire, Charles Brien, parle du «Club nautique (sic) Longueuil» en appuyant la candidature de Pierre Béland comme délégué du Québec à l’École Nationale de Voile Française. Béland est le titulaire des cours de voile patronnés par la ville. «Pierre Béland, écrit le secrétaire, est le plus qualifié de nos membres et son séjour à l’école de voile française ne pourra qu’augmenter le prestige de notre club au Canada français».


Il avait existé en 1960 et 1965 un embryon d’école de voile auquel un ex-commodore, Léo Lafrance avait collaboré. Consacrant temps et argent, six membres avaient alors construit de leurs mains six petits voiliers «pingouin» qu’utilisèrent gratuitement une quinzaine de garçons de 12 à 16 ans. M. Lafrance affirme, en 1992, que «ces enfants ont acquis un sens du devoir et une discipline qui en ont fait des professionnels exemplaires aujourd’hui».

Un héritage

Le conseil élu au printemps de 1973, présidé par le commodore Paul Charron, se préoccupa d’améliorer les facilités du club tant sur terre que sur le fleuve. L’assemblée annuelle avait approuvé les augmentations de cotisations et de tarifs à cet effet. De plus, un legs du dernier secrétaire anglophone, Wilbur J. Parkin,au montant de 21 700$ devait aider à la réalisation de divers projets.



Dans un avis de convocation, le 26 septembre 1973, la secrétaire Jeanine Duguay donnait un aperçu de l’état précaire des lieux: «Depuis quelques années, écrivait-elle, l’eau atteint un niveau très élevé et cause des dégâts considérables sur le terrain. Les inondations causées par les pluies torrentielles, l’égouttement, l’érosion sont autant de facteurs qui rendent l’endroit inaccessible aux véhicules. De plus, il est impossible d’obtenir les services d’une grue pour le lancement et la sortie des bateaux, les opérateurs de ces machines refusant de s’aventurer sur un terrain en si mauvais état».

Construction de quais

En vue de corriger cette situation, le conseil convoquait les membres en assemblée spéciale le 2 octobre 1973, et leur soumettait un projet de réaménagement du quai est et de construction de quais flottants additionnels. On apprend à l’assemblée annuelle du 21 avril 1974 que ces travaux ont effectivement eu lieu, de même que l’érection d’un mur de soutènement auquel on donne le nom de Bill Parkin.





A vol de mouette Vue aérienne du Club nautique de Longueuil, au mois de mai 1977. (Photo R. Lachance)

 

Par ailleurs, l’assemblée annuelle du 21 avril 1975 décidait de porter de 70$ à 80$ la cotisation des membres. D’autre part, le tarif de quaiage passait de 4$ à 5$ le pied linéaire. Quant au taux de quaiage pour les visiteurs, on prévoyait 25 sous le pied chaque jour soit un minimum de 3$. On comptait alors une soixantaine de membres.



À la fin de la décennie, le club se donnait une autre secrétaire, Colette Pépin. Membre active, elle participait pleinement aux activités du club, étant propriétaire d’un bateau. De plus en plus, la femme prenait une part majeure dans l’évolution du club.



Le dernier épisode de cet ouvrage envisagera le Club nautique de Longueuil durant la décennie précédent son 125e anniversaire.

 

Chapitre 10

 

En 1992, l’année du 125e anniversaire du club, le commodore Normand Aubin est à la barre. Il envisage l’avenir de l’organisme avec optimisme. La vitalité du club s’est manifestée fermement au cours de la décennie de 1980.



La ville de Longueuil a favorisé le club dans le plan d’aménagement et d’embellissement de ses rives. Par ailleurs, l’un des grands projets demeure la fondation d’une école de voile destinée aux adolescents. Les questions du rôle de l’aumônier, des conjoints et des membres à vie ont suscité l’intérêt des membres durant cette même décennie.

Avenir prometteur

Pour le commodore Normand Aubin, l’avenir du club nautique est prometteur, en raison particulièrement de la signature d’un bail à long terme qui prouve que la Ville de Longueuil a, intérêt au maintien de l’organisme et même à son épanouissement.






Le commodore Normand Aubin (Archives du Club nautique de Longueuil)

Le commodore envisage le mandat du club comme la promotion de la navigation de plaisance sous toutes ses formes. C’est pourquoi le projet d’une école de voile revient à la surface. De même, la participation au Festival annuel des voiles est de plus en plus importante. Au cours des saisons de 1990 et de 1991, le club a organisé un défilé de bateaux ainsi qu’une course de voiliers.


Des cours d’initiation à la navigation de plaisance sont donnés à la maison commune par l’Institut maritime du Québec, au printemps et à l’automne, touchant ainsi une soixantaine de personnes.



Le commodore considère très positive la présence, à proximité du club, du Port de plaisance de Longueuil. «Ça amène, dit-il, une intensification de la vie des plaisanciers. De plus, la vocation commerciale de ce port est extrêmement utile».



Tous les membres profitent des installations portuaires. Quelques-uns habitent leurs bateaux à temps plein durant la saison estivale. D’autres s’organisent des croisières. Tous profitent des plaisirs des sports nautiques.



Le club compte autant de propriétaires de voiliers que de bateaux à moteur. Pour sa part, l’Alcyon, du commodore est dans cette dernière catégorie. Membre du club depuis une douzaine d’années, Aubin considère que le commodore est «un coordonnateur, un motivateur». Sa politique est de fonctionner à l’aide de nombreux comités, «ce qui facilite la participation de plus de membres».





Plan d'aménagement du Club nautique de Longueuil en 1991. (Archives du Club nautique de Longueuil)

 

L’amour du yachting

Le projet que caresse en 1992 le club de créer une école de voile a longtemps été mis de l’avant par un membre éminent, l’ancien conseiller municipal Léo Lafrance. «Le yachting, déclare-t-il, dans une entrevue en 1991, favorise le développement de la personne: créativité, concentration, imagination, facilité de résoudre très vite les problèmes, maîtrise complète du centre de décision. Il serait très important d’avoir à Longueuil une école de voile pour les jeunes. C’est aussi essentiel qu’une marine destinée aux adultes».



Les trente-deux années de yachting ont fait de ce doyen du club un amant des sports nautiques. Son épouse était fille d’un marin de St-Pierre et Miquelon, et elle adorait les navires. Lafrance fut matelot dans la marine française durant cinq ans, sous le gouvernement du général Charles de Gaulle. En 1939, il avait voulu s’engager dans la Canadian Navy, mais il avait été refusé parce qu’il ne parlait pas anglais. En 1992, il navigue toujours sur son voilier, le Béarn, portant fièrement les armoiries de la patrie du prestigieux Henri IV.

Entente avec Longueuil

Depuis les débuts, la Ville de Longueuil a toujours favorisé le club nautique. Au mois d’août 1990, une entente est conclue entre les deux parties pour une période de quarante ans. Le bail accorde la sous-location des terrains du bord du fleuve au club nautique. Ces espaces, propriété du Conseil des Port nationaux, sont loués 2 096$ annuellement à Longueuil. L’entente, qui ne rapporte rien à la ville, permet toutefois le maintien d’une belle fenêtre sur le fleuve. L’équipe de négociation du club était composée de Jacques Letendre, négociateur, de Gilles Provost, Pierre Tremblay et du commodore Normand Aubin.



La municipalité et le gouvernement du Québec ont versé conjointement un montant de 150 000$ en vue de l’aménagement d’une aire de rangement destinée aux bateaux. En signant le bail, le club concédait les droit d’exclusivité commerciale aux concessionnaires qui s’installeraient au Port de plaisance de Longueuil et s’engageait à respecter les normes environnementales.

Le grand réaménagement

Pour bien saisir, ce qui avait précédé cette entente, il faut remonter à l’année 1981, alors qu’un comité de réaménagement était mis sur pied après l’écroulement du mur de soutènement du côté ouest du bassin ouest, le lendemain de la mise à l’eau des bateaux. La conséquence de cette catastrophe fut entre autres de diminuer l’espace des quais. Le comité se composait du Dr Jacques Vigeant, d’Yvon Durocher, de Bernard McNamara et de Jacques Letendre.



Des plans de réaménagement furent élaborés, les travaux suivirent. Mais malheureusement, au cours des ans, trois sections du nouveau mur de soutènement s’écroulèrent au fur et à mesure qu’on procédait à l’empierrement. Au milieu de la décennie 1980, la Ville de Longueuil accordait une subvention d’environ 75 000$ pour draguer le bassin est. On a pu ainsi doubler l’espace de quaiage.



En 1987, le commodore Yvon Durocher présentait le plan d’un complexe nautique, résultat de séances de représentants de la ville et du club. Puis Longueuil en avait confié l’étude de faisabilité à la firme Sodem. En 1988, Sogerive devenait le maître d’oeuvre du grand projet d’aménagement des berges de Longueuil. La décision de la ville impliquait le club nautique dans cet élan d’embellissement. Au nombre des neuf administrateurs de Sogerive, une place est réservée au club, qui se fait représenter en janvier 1989 par Jacques Letendre.






Un brise-lames original fut constitué par les membres au printemps de 1989; il était composé d'un millier de pneus reliés les uns aux autres. (Archives Gilles Provost)

Les travaux de dragage de 1985, permettent au club de recevoir 88 bateaux en 1992. L’année précédente une nouvelle catastrophe avait toutefois mis le club à rude épreuve. Une inondation détruisait le terrassement. Encore une fois, la Ville venait à la rescousse du club en versant une subvention de 115 000$ pour empierrer et refaire le terrassement.

Aumônier, égéries et membres à vie

Depuis 1867, les membres des diverses confessions religieuses de Longueuil avaient annuellement reçu les titres de membres honoraires du club nautique, en même temps que les dirigeants civils de la ville. Mais il n’y avait jamais eu d’aumônier officiel.



Le 27 avril 1980, une assemblée générale spéciale décidait de confirmer dans ces fonctions l’abbé Marcel Gauthier, prêtre catholique, membre du club depuis une trentaine d’années. Compositeur de chansons sous le pseudonyme de Jean-Baptiste Purlaine, l’abbé Gauthier était membre de la Société des poètes canadiens français. Il avait pris l’initiative de présider à la prestation de serment du nouveau conseil d’administration, lors de l’assemblée générale du 30 mars précédent. Le 18 avril suivant le conseil lui décernait le titre officiel d’aumônier du club, décision entérinée par l’assemblée spéciale du 27 avril.



Le 23 mars 1986, l’abbé Gauthier présidait pour la dernière fois la prestation de serment d’un conseil d’administration. En effet, le 22 mars 1987, ce fut le commodore honoraire Yvon Durocher qui procéda à l’installation des officiers.


Par ailleurs, le conseil d’administration créait en 1986 un comité féminin des membres, l’Hégérie (sic) sous la présidence de Carmen Couture. Mais après trois ans d’activités, le comité sombrait. L’initiative visait à encourager la participation des épouses. En 1986, le club comptait trois femmes, membres à part entière: Margot Messier, Carmen Couture et Thérése Laliberté. Les cinq femmes membres en 1991 étaient Françoise Auclair-Bonneville, Carmen Couture, Sylvie Babin, Margot Messier et Julie Chabot, membre du conseil d’administration à titre de directrice des communications.



La question des membres à vie revient à l’ordre du jour au cours de la décennie. Un certain nombre fut expulsé le 28 février 1984, parce qu’ils n’avaient pas versé des cotisations spéciales.



À sa réunion du 4 février 1985, le conseil précisait que tout membre exempté de la cotisation ordinaire, à savoir 125$, devait payer la cotisation spéciale s’élevant alors à une quarantaine de dollars. L’assemblée générale de 1982 avait décidé que les membres actifs depuis dix ans âgés de 65 ans et plus, n’auraient pas à débourser pour la cotisation annuelle.



En 1992, le club compte une centaine d’adhérents, répartis en membres à vie, actifs et locataires. Il faut être propriétaire d’un bateau, entre autres conditions, pour entrer au club nautique à titre de membre. La cotisation est de 200$ chaque année, et le droit d’entrée se chiffre à 825$. Une place au quai coûte 25$ le pied. Le budget du club est de 100 000$ annuellement.

Se souvenir

Devenu membre en 1986, Gilles Provost, un navigateur infatigable, fut fasciné par l’ancienneté de l’association, ses traditions et se mit à dépouiller amoureusement les archives, à mettre de l’ordre dans une documentation anarchique, à classer méthodiquement procès-verbaux et correspondances. Il s’y adonna si bien qu’il devint le régistraire, le gardien des valeurs les plus précieuses du club, les matériaux qui racontaient son histoire.



Mais les archives étaient incomplètes. Heureusement, la Société historique du Marigot avait réussi à en sauver une partie, qui avait été conservée par certains membres et dont les héritiers avaient songé à se départir. L’histoire du club pourrait donc être écrite pour les célébrations du 125e anniversaire, en 1992.

L’appel du grand large

Les membres du Club nautique de Longueuil sont les types mêmes de ces citoyens qui ont transformé leur temps de loisirs en aventure sur le fleuve et sur les mers. Tenus d’exercer un métier qu’ils ont choisi pour gagner leur vie, ils s’inscrivent dans un club nautique pour donner à leur rêve la dimension du grand large. La plupart d’entre eux n’atteignent pas l’océan, mais voguent sur le grand fleuve. Leur vie est à l’écoute de la mer, comme l’oreille d’un enfant plaquée contre une coquille.



Au cours des ans, le Club nautique de Longueuil a écrit une histoire qu’une lignée de commodores ardents a su guider à travers vents et marées. Mais la destinée de l’organisme a également reposé sur des membres déterminés. Et les doyens du club ont su maintenir une tradition digne des plus hardis navigateurs d’autrefois.



La Ville de Longueuil ne s’y est pas trompée. Elle a décidé d’appuyer le club nautique de faire concourir à la vision que le nouveau siècle aura de la cité. Son ancienneté, ses traditions se greffent ainsi à l’histoire plus que tricentenaire de Longueuil.

 

 

Conclusion

 

Le Club nautique de Longueuil, successeur direct du Longueuil Boating Club, est le plus ancien organisme de la sorte dans la province après le Québec Yacht Club, organisé en 1861. Ayant obtenu sa constitution six ans plus tard, le Longueuil Boating Club prenait vue à son tour sur le St-Laurent. À l’époque, le yachting s’établissait dans les principaux pays d’Occident.

Protection de la reine

En Grande-Bretagne, l’ère victorienne fut l’âge d’or des yacht clubs. Signe des temps, lors de son accession au trône, la jeune reine Victoria devint la protectrice en titre du Royal Thames Yacht Club, le plus ancien des yacht clubs britanniques. Aux États-Unis d’Amérique, le New York Yacht Club avait vu le jour en 1844. Quatre ans auparavant, le premier yacht club français avait été fondé au Havre.

Audace et fierté

C’est certes l’exemple de la Grande-Bretagne qui incita des ressortissants britanniques à jeter les bases d’un club nautique à Longueuil, face à Montréal. L’histoire du Longueuil Boating Club est celle d’une passion grandissante. Les fondateurs étaient d’ardents promoteurs des sports nautiques. On voulut y faire participer la femme et l’enfant; celui-ci comme cadet et la première d’abord comme auxiliaire, puis à titre d’associée. Conscient de son prestige, le club demeure l’honneur de la Ville de Longueuil qui l’a toujours appuyé et qui souhaite sa collaboration pour maintenir, face au fleuve, l’image de l’audace des pionniers, qui ont permis de bâtir un pays heureux en sillonnant le St-Laurent, la chanson aux lèvres et la fierté au coeur.

 

LE CLUB NAUTIQUE DE LONGUEUIL VU PAR LE MAITRE DE PORT YVON DUROCHER

 

Le profil des membres au Club nautique de Longueuil (CNL) a bien changé au cours des deux dernières décennies. Les baigneurs, les nageurs, les plongeurs, les rameurs et les avironneurs d’antan sont malheureusement disparus; sans doute à cause de la pollution du fleuve, de la destruction des plages et de l’inaccessibilité des berges.



Aujourd’hui les membres du CNL sont des capitaines de yachts, ils possèdent des bateaux de plus en plus grands, destinés a la longue croisière. (Pour ces raisons, le Club est devenu un «Yacht-Club» au sens propre du terme.)



Une particularité, durant ces dernières décennies, fut le regroupement au CNL d’une génération de constructeurs-amateurs de bateaux. Car un fort pourcentage des membres du CNL ont construit intégralement le bateau de leur rêve, d’autres ont aménagé entièrement des coques à nues, ou des bateaux originellement voués à une autre vocation que la plaisance.



En 1991, la flotte du CNL était composé de 90 bateaux, mesurant entre 25 et 50 pieds de long, répartis comme suit: 46 cruisers, 41 voiliers et 3 bateaux-maisons. Tous ces bateaux sont des yachts de croisière motorisés et habitables. D’ailleurs, environ 25% des équipages y vivent en permanence durant toute la saison estivale.



Au cours, de ces dernières décennies, plus d’une vingtaine d’équipages du CNL auront porté les couleurs du Club loin en dehors de nos frontières. Les destinations les plus naviguées sont: la côte Est américaine, la Floride, les Antilles, le Vénézuela, les Bermudes, les Canaries et les côtes de l’Europe et l’Afrique méditerranéenne.


Un des fleurons du CNL est sans conteste le «NOVYNIK,de Yvon Durocher (ex-commodore, directeur du comité de réaménagement 1981-1991 et maître de port de 1988 à aujourd’hui). Le NOVYNIK est un ketch traditionnel de 50 pieds, jaugeant 30 tonnes, construit par Yvon Durocher. Depuis quinze ans, date de son lancement à Varennes, le NOVYNIK adopta le CNL comme port d’attache. Il porta les couleurs du CNL bien au-delà de la baie de Longueuil – la côte Est américaine, les Antilles en totalité à deux reprises, Panama, les Bermudes deux fois, quatre étés en Nouvelle-Écosse, la base Côte Nord, Terre-Neuve, St-Pierre et Miquelon, etc.).Après chaque croisière, le NOVYNIK est toujours rentré fièrement à son port d’attache, le CNL; et le NOVYNIK n’a pas terminé son service...



Une autre identification du CNL à sa flotte est sans aucun doute la «gang des Sharpies»... Qui des habitués du fleuve et du bord de l’eau ne connaît pas la gang des Sharpies du CNL? Depuis plus d’une décennie, on les voit naviguer à la queue leu leu en rasant les berges, avec leurs bizarres de voiliers aux lignes particulières, aux couleurs et aux boiseries remarquables; quelle allure intrigante!



Chaque début d’été voit les yachts du CNL partir en petit groupe pour leur croisière-vacances, dont les destinations sont: les Mille-Iles, les Grands Lacs, le Lac Champlain, Québec, le Saguenay, le bas du fleuve, les Iles de la Madeleine. Ces croisières prennent de deux à huit semaines de navigation, selon le cas. L’une d’entre elle fut «La Saguenay 1991»; une quinzaine de bateaux du CNL naviguaient vers la même destination – une véritable armada! Un soir de juillet 1991, à Ste-Rose-du Nord sur le Saguenay, l’étoile bleue à cinq pointes flottait fièrement, car la baie de mouillage était envahie entièrement par des voiliers du CNL.



Au CNL, l’accueil aux visiteurs a pris une dimension importante. Chaque année, le CNL reçoit de nombreux équipages venant de partout dans le monde. La plupart d’entre eux font escale au CNL quelques semaines, pour visiter et pour recevoir parents et amis. D’autres y passent l’hiver, pour reprendre leurs croisières, la saison suivante. Certains y sont même restés et sont établis ici. Le CNL est un point d’escale apprécié des navigateurs étrangers à cause de sa proximité de tous les services propres à une grande ville. Aussi les membres du CNL sont très accueillants, car la plupart d’entre eux, ayant déjà voyagé, comprennent les attentes des navigateurs et ils fraternisent rapidement avec eux. Les échanges avec ces équipages de passage, sont très enrichissants pour toute la collectivité du CNL.

1970-1980

- Et Alors II, cotre Trimaran 33’ de Zachari Nossenko

- DOVE, cotre 36 pieds de Walter Gritchlow

- C’BREEZE, ketch 50 pieds de Mc Neil

- L’ENGOULEVENT, ketch 40 pieds de Jacques Charette

- ÉVASION, cotre 41 pieds de Jean-Paul Godin (ex-commodore)

- LA MINOUNE, cotre 40 pieds de Maurice Thibault (ex-commodore et ex-secrétaire)

- ROGER-B, sloop 29 pieds de Guy Beaudet

- NOVYNIK, ketch 50 pieds de Yvon Durocher (ex-commodore et maître de port actuel)

- MARIE-THÉRESE, cotre Trimaran 33’ de Henri Guillard

1981-1991

- CARCAJOU, cotre 36 pieds de Louis-André Rivard (secrétaire actuel)

- VIREVOLTE, cotre 36 pieds de Yves Giraud (ex-secrétaire)

- HONAH LEE, cotre 39 pieds de Jean-Guy Cantin

- QUEMAVIK, cotre 39 pieds de Roger Boucher (ex-directeur des communications)

- MANTAYO, goélette 40 pieds de Gilbert Proulx

- HILDEGARDE HANSEN, cotre 33 pieds de Peter Gnass (ex-directeur des communications)

- CARO D’OR, trawler 36 pieds de Roger Savaria

- LA LOUTRE, cat ketch 30 pieds de Gilbert Proulx

- Jacquiri, cotre 39’ de Christian Bonin

- POINT DE ROSÉE, de Robert Boileau (ex-vice-commodore)

- RÉGINE OLSEN, de Marc-Antoine Nadeau (ex-secrétaire)

- CHESAPEAKE, de Jean-Serge Champagne (ex-directeur des communications)

- LA LOUTRE, anciennement de Jules Boileau,acquis par Gilbert Proulx

Liste des commodores du Club nautique de Longueuil de 1867 à 1992

-1867-1868: Capitaine Edouard Lespérance

-1868-1871: H. Cotte

-1871-1872: Dr Charles Brewster

-1872-1874: William Notman

-1874-1875: Dr Charles Brewster

-1875-1876: H. Cotte

-1876-1877: E.A. Barton

-1877-: W.J.M. Jones

-1878-1881: W.C. Ravenhill

-1881-: Thomas Boyd

-1886-: W.I. Gear

-1886-1888: W.H. Kirby

-1888-1891: W.I. Gear

-1891-1892: A. Hardie

-1892-1896: John Hamilton

-1896-1897: W.J. Carmichael

-1897-1898: John Hamilton

-1903-1905: F.J. McClure

-1905-1907: G.R. Gray

-1913-1915: H.Syd. Thornton

-1915-1916: R.A. Carmichael

-1916-1917: J.D. Haines

-1917-1918: P. Honeyman

-1918-: W.D. Thompson

-1918-1919: H.S. Thornton

-1919-1920: P.M. Knowles

-1920-1921: F. Bissonnette

-1921-1923: H.S. Thornton

-1923-: Walter Weir

-1923-1924: Douglas Thompson

-1924-: A.W.W. Kyle

-1925-: H.S. Thornton

-1926-: John Kerry

-1927-: W.D. Thompson

-1928-1934: W.W. Browning

-1935-1940: C.-R. Mandeville

-1940-1942: Léon LeBrun

-1942-1943: Robert Dufault

-1943-1944: J.H. Lymburner

-1949-1950: Robert Dufault

-1950-1951: C.-R. Mandeville

-1951-1952: Robert G. Fiegehen

-1952-1956: C.-R. Mandeville

-1956-1957: Edward Garrett

-1963-1964: André Laframboise

-1964-1965: Léo Lafrance

-1965-1966: Paul Bouchard

-1966-1967: Jean-Marc Brien

-1967-: John Flynn

-1967-1969: Maurice Thibault

-1969-1970: André Burgoyne

-1970-1975: Paul Charron

-1975-: Jean-Paul Godin

-1975-1977: Paul Charron

-1977-1979: Normand Dionne

-1979-1980: Robert Lachance

-1980-1982: Normand Dionne

-1982-1983: Michel Longpré

-1983-1984: Luc Richard

-1984-1987: Yvon Durocher

-1987-1992: Normand Aubin

UNE CHANSON CONSACRÉE AU LONGUEUIL BOATING CLUB EN 1966 SUR L’AIR DE «Oh! la belle vie»

Le Petit Canot

1

Nous Faisons partie du vieux Club de Longueuil, Sortir en bateau c’est notre point d’orgueil, sur l’bord du Saint-Laurent, Et tout près d’Montréal, J’vous dis qu’c’est pas banal.

Refrain

Oh! la belle vie, la vie, la vie, ah! ah! Oh! la belle vie qu’on mène au «p’tit Canot», Oh! la belle vie, la vie, la vie, ah! ah! Oh! la belle vie, il n’y a rien de plus beau!

2

Y en a qui naviguent sur un joli voilier, Ça au moins, disent-ils, ça c’est le vrai métier! Y en a d’autres qui préfèrent Une cabine à moteur. A chacun sa manière, Tout l’monde est «connaisseur».

3

Qui ne connaît pas l’fameux «Kiki des mers», Surnommé jadis le gros Kiki des Terres? Et puis, dans son p’tit coin, la barque du notaire, Et les «pingouins», qui flottent dans les airs?

4

Y a les gros «big shot» dans la baie des millionnaires, Excellent prétexte pour aller prendre un verre. Il y a les plus modestes, «Parkés» dans la p’tite baie, Qui doucement se bercent, Comme de gros «bébés»

5

Y a le gros Gérard qui nous fait d’la musique, Entre deux «Molsons» c’est d’la vraie gymnastique. Quand il part en skidoo, Comme y est toujours «stallé», Il «crank» comme un fou. Y aime le skidoo d’chalet.

6

Parlons donc maintenant de notre commodore. Il aime ben les bateaux mais y est jamais à bord. Y a les deux pieds sur terre, Et il sait calculer, Toujours le nez en l’air, Pas d’danger pour s’noyer.

7

Quand il y a d’la pluie, on s’amuse au chalet. S'il fait froid dehors, on s’fait des «feux follets» Faut voir André Duguay Raconter ses exploits. Ne nous faites pas bourrer. Diviser par vingt-trois!

8

J’en ai assez dit, on est des bons copains. Hiver comme été tout l’monde est plein d’entrain. Essayez de trouver, A deux pas d’montréal, Un club comme L.B.C.. Vraiment c’est l’idéal!

Exploit de la Compagnie de navigation de Longueuil

Le navire à vapeur Longueuil ouvre la saison de navigation sur le St-Laurent le 1er janvier 1878. À cette date, ce fut considéré un exploit de la part de la Compagnie de navigation de Longueuil, propriétaire du bateau. À cette occasion, une médaille commémorative fut frappée et le journal La Minerve publiait, le 4 janvier 1878, l’article enthousiaste ci-après. À remarquer que le gérant de la compagnie de navigation, Isidore Hurteau, était l’un des membres éminents du Longueuil Boating Club.



«À la compagnie de navigation de Longueuil, revient l’honneur d’ouvrir la navigation en 1878. Les archives publiques, les journaux de l’autre siècle sont consultés vainement pour trouver une excursion sur le St-Laurent, le premier jour de l’an. Les vieux navigateurs se rappellent seulement qu’un vapeur a fait en 1837 le trajet entre Québec et Trois-Rivières.



Vers une heure et demie mardi après-midi, cinq ou six cents personnes battaient la semelle sur le quai Bonsecours pour être témoins du grand événement qui devait immortaliser le jour de l’an 1878. La glace était prise dans les bassins, le thermomètre ayant baissé considérablement depuis la veille, l’excursion était un grand point d’interrogation pendant la matinée. Vers deux heures moins un quart un panache de fumée se dessina à l’horizon, c’était le «Longueuil» qui venait de quitter son quai. Il était pavoisé comme pour un jour de fête et la Bande Nationale de Longueuil, sous l’habile direction de M.Louis Calvi, faisait entendre des fanfares joyeuses. Le vapeur brisa comme verre les bordures de glace près du quai. En un clin d’oeil les amarres étaient attachées et la foule se précipitait sur la passerelle. Environ trois cents personnes s’embarquèrent sur le «Longueuil». On s’imagine facilement les conversations tenues par les anciens.



Le sergent Bouchard un ex-navigateur disait à ceux qui l’interrogeaient: «Non, messieurs, cela ne s’est jamais vu et ne se verra probablement jamais».


À 2 heures, le navire lâchait ses amarres et prenait le large aux acclamations de la foule qui assistait à ce spectacle extraordinaire. L’habile corps de musique recommença ses fanfares et le Longueuil descendit majestueusement le courant, salué par les habitants du littoral qui avaient arboré des drapeaux et déchargèrent des armes à feu. Rendus aux îles de Boucherville, les excursionnistes eurent le plaisir de voir le Montarville, le Ste-Hélène, quelques petits remorqueurs et une vingtaine de goélettes ancrées dans leurs quartiers d’hiver. Vers trois heures et demie, le Longueuil fendant une légère couche de glace, s’approchait du quai du village de Boucherville, où une centaine de spectateurs s’étaient assemblés poussant des hourrahs étourdissants à l’arrivée du navire. Le bateau resta amarré au quai pendant une quinzaine de minutes, permettant aux excursionnistes de serrer la main à leurs amis de la campagne. Plusieurs résidents de Boucherville, entre autres le Révd. M. Harnois et le Dr Roy, profitèrent de l’occasion pour se joindre à cette partie de plaisir exceptionnelle.



Chose extraordinaire, à cette période de la saison, lorsque le Longueuil eut dépassé les îles de Boucherville, les excursionnistes virent une volée de six canards dirigeant leur vol vers le nord. Il va sans dire que le rédacteur du «Canard» qui était à bord, rayonnait de satisfaction en rencontrant ses semblables le premier jour de l’an.



Des médailles commémoratives de l’excursion extraordinaire avaient été frappées et se vendaient à tous les passagers. Ces médailles ont été faites par M.E.Lymburner, no 160 rue Bonaventure, qui en a encore quelques-unes à la disposition des curieux.»



«La médaille est artistiquement exécutée. Au centre se trouve le dessin du vapeur Longueuil avec l’inscription suivante:



En mémoire d’une excursion sur le St-Laurent, vapeur Longueuil, Montréal, 1er janvier 1878.



Parmi les personnes qui s’étaient embarquées sur le Longueuil étaient :



Capt. Molson, le Révd. M. Couthard, M. Perreault (Perreault & Hutchison, architectes), l’échevin Gauthier, J. Savage et sa dame, J.C. Wilson, MM. Kernick et Baird, M. Burgess, inspecteur des bateaux à vapeur, J.H.R. Molson, M. Reed, M. Hector Berthelot, de La Minerve, James Wright, F.-X. Beaudry et sa dame, J.-Bte Boudreault, D. Girouard, Patrick Grace, Napoléon Sabourin, A. St-Jean, Hurteau, de la maison Sénécal et Hurteau, Jos Duclos, Israël Marion, Ovide Houle, E. Trutel, Théophile Godin, Joseph Morache, David David (Jr), Alphonse Mondou, Théodule Deschênes, les représentants de la Gazette, du Witness et du Canard.



Le vapeur arriva au quai Bonsecours, vers cinq heures et tous les excursionnistes se déclaraient enchantés de leur voyage, ne trouvant pas d’expressions assez flatteuses pour féliciter les capitaines Bourdon et Jodoin ainsi que les officiers de la compagnie pour la courtoisie et l’urbanité dont ils avaient fait preuve vis-à-vis d’eux. En terminant, nous enregistrons le fait que le Longueuil a sorti de se quartiers d’hiver le 19 avril dernier pour les reprendre seulement le 2 janvier 1878 vers midi et demi.



Lorsque le vapeur fut rendu à Longueuil, les capitaines et les employés de la compagnie ont présenté une adresse de félicitation au gérant, M. Isidore Hurteau».

Formule pour l’installation des dirigeants

Le secrétaire donne la lecture des membres élus.



Les dirigeants élus s’avancent. Les membres de l’assemblée se tiennent debout.



Le membre nommé par l’assemblée générale procède à l’installation des dirigeants.



«Chers amis, vous avez été choisis comme dirigeants de votre Club Nautique;je vous en félicite. Votre acceptation prouve que vous êtes prêts à assumer les responsabilités que comportent vos charges respectives. Vous devez remplir vos devoirs avec justice et impartialité. Prenez garde de perdre la confiance de vos commettants mais tâchez de la bien mériter en accomplissant fidèlement vos devoirs et obligations.


Votre devoir comme dirigeant ne consiste pas seulement à maintenir votre Club dans son état de progrès, mais vous devez chercher sans cesse à l’améliorer et à lui assurer un grand succès.



Dans vos rapports avec les membres et dans l’exécution des règlements et décisions de votre Club, inspirez-vous toujours de l’esprit de collaboration. Que la vérité, l’honneur et la courtoisie se reconnaissent dans tous vos actes.



La vie et le succès du Club dépendent de votre loyauté et de votre dévouement. Vos amis comptent que vous n’épargnerez rien pour être à la hauteur de vos responsabilités.



Promettez-vous sur votre honneur de remplir les devoirs de votre charge, de respecter les Statuts et règlements, de promouvoir les intérêts du Club, de rester en charge jusqu’à la nomination de votre successeur?»



«Le promettez-vous?»

Les membres élus reprennent:

«Je le promets sur l’honneur».

L’assemblée reprend:

«Nous en sommes témoins».

BIBLIOGRAPHIE

Sources manuscrites:

Procès-verbaux du Longueuil Boating Club,puis du Club nautique de Longueuil des années 1868-1869, 1871-1874, 1877-1882, 1886-1889, 1891-1898, 1903-1907, 1913-1937, 1939-1944, 1947, 1949-1960, 1964-1967, 1972-1990.



Ces procès-verbaux, sauf ceux du 19e siècle, sont souvent lacunaires; mais on a tenté d’obvier à ces carences en consultant la correspondance, elle aussi toutefois fort incomplète. Ces archives sont réparties entre la Société historique du marigot et le Club nautique de Longueuil.

Sources orales:

Entrevues avec:

Léo Lafrance, le 27 février 1990 et le 12 février 1992,

Janine Duguay, les 11 juillet 1990 et 26 juin 1991,

Gilles Prévost, le 18 juillet 1991,

Julie Chabot, le 5 juin 1991.

Normand Aubin, le 1er novembre 1991,

Jean-Marc Brien, le 8 novembre 1991,

Jacques Letendre, le 24 janvier 1992,

Robert Dufault, le 23 février 1992,

Robert Boileau, le 19 février 1992.

Ouvrages imprimés

- Jean-Jacques Antier, Au temps des voiliers long-courriers. Paris, Éditions France-Empire, 1979.

- Armando Boscolo et Alain Gliksman, Motonautisme, Paris, Grange Batelière, 1972.

- Hélène Charlebois-Dumais, St-Antoine-de-Pades (1887-1987), Longueuil, Société historique du Marigot, 1987.

- Hector Cimon, Un siècle de yachting sur le St-Laurent (1861-1964) –L’histoire du Yacht Club de Québec, Québec, Librairie Garneau, 1966.

- Rolande Desjardins-Ledoux et André Ledoux, La navigation de plaisance au Québec, Montréal, Éditions de l’Homme, 1977.

- Lucille Girard, Le Grand Tronc au village de Longueuil, Longueuil, Société historique du Marigot, 1984.

- G.Goldsmith-Carter, Voiliers de tous les temps, Paris, Librairie Larousse, 1970.

- Alain Guillerm, La Pierre et le Vent-Fortifications et marine en Occident, Paris, Arthaud, 1985 (préface de Fernand Braudel).

- Gérard Harvey, Destinée:Capitaine, Montréal, Éditions du Méridien, 1989.

- Peter Heaton, Histoire du Yachting, Paris, Denoël, 1973.

- Robert Lacour-Gayet, Histoire du Canada, Paris, Fayard, 1966.

- Gustave Lanctôt, Histoire du canada, du traité d’Utrecht au traité de Paris (1713-1763), Montréal, Beauchemin, 1964.

- Edward V.Lewis, Robert O’Brien et autres, Les bateaux, New-York, Time-Life, 1965.

- J.H.Martin et Geoffrey Bennett, Le monde fascinant des bateaux, Paris, Grund, 1977.

- Michel Payette, Le fleuve St-Laurent –300 ans...en bref, Longueuil, Société historique du marigot, 1989.

- Diane-Ischa Ross, Charles Le Moyne et ses fils, Longueuil, Société historique du Marigot, 1989.

- Robert Rumilly, Histoire de Longueuil, Longueuil, Société d’histoire de Longueuil, 1974.

- George F.G.Stanley, L’invasion du Canada (1775-1776), Québec, Société historique de Québec, 1975.

Remerciements aux collaborateurs et collaboratrices:

Madame Annette Laramée, présidente de la Société historique du Marigot; Monsieur Bernard Rainville, membre de la Société historique du Marigot; Monsieur Gilles Provost, ancien vice-commodore du Club nautique de Longueuil; Mesdames Yolande Trudeau, Hélène Giguère, Lucienne Dalcourt, Liliane Vignau, membres de la Société historique du Marigot.



Les procès-verbaux du Club nautique ont été traduits de l’anglais au français, dans le cadre d’une subvention du gouvernement du Canada par:


Madame Lucie Casaubon,

Madame Pierrette Boyer,

Madame Marie-Reine Lapointe,

Madame Linda Mondry.

Du même auteur

Histoire:

* «Les lettres sur la sympathie de Sophie de Condorcet» dans Nature,droit,justice,Toulouse,Actes du colloque des Société Britannique et française d’étude du 18esiècle,1991.

* «Le Courrier de Québec»,«La Gazette de Montréal»,«La Gazette de Québec»,dans le Dictionnaire des journaux (1600-1789).Oxford,Voltaire Foundation,1991.

* Tradition et courage-Histoire de B.& S.H.Thompson & Co.(1790-1990),Montréal,1990.

* Tradition and Courage- A History of B.& S.H.Thompson & Co,1790-1990,Montréal,1990.

* Histoire de la Franc-Maçonnerie au Québec (18e et 19e siècles),Longueuil,Société historique du Marigot,1990.

* «La Franc-Maçonnerie à Montréal»,dans Montréal au XIXe siècle:des gens,des idées,des arts,une ville,Montréal,Leméac-Société historique de Montréal,1990.

* «L’influence de Sophie de Grouchi sur la pensée de Condorcet»,Condorcet,mathématicien,économiste,philosophe,homme politique,de Paris,Minerve,1989.

* «Résonnance de la Révolution française dans la presse canadienne (1789-1794)», L’Image de la Révolution française,volume 1,Paris,Pergamon Press,1989.

* «Fleury Mesplet,diffuseur des idéaux de la Révolution française au Québec (1789-1792)»,Le Canada et la Révolution française,Montréal,Centre interuniversitaire d’études européennes,1989.

* Valentin Jautard (1736-1787),premier journaliste de langue française au Canada,Québec,Le Griffon,1989 (co-auteur).

* «L’année 1789 dans la Gazette de Montréal»,L’année 1789,Paris,Presses universitaires de France,1988,(18e Siècle).

* «Les Débuts de la Maçonnerie au Québec»,L’Homme et la Nature,tome VII, Edmonton,Société canadienne d’étude du 18e siècle,1988.

* «L’édition au Québec,1840-1914»,Histoire de l’édition française tome IV,Paris Promodia,1987(co-auteur).

* L’Appel à la Justice de l’Etat de Pierre du Calvet,Québec,Le Griffon,1986(co-auteur).

* Fleury Mesplet (1734-1794),diffuseur des Lumières au Québec,Montréal,Patenaude Editeur,1985.

Histoire de l’Information au Québec,Montréal,Editions La Presse,1980.

* Liberté et servitude de l’information au Québec confédéré (1867-1967),Ottawa,LG,1978.

* Le combat des idées au Québec-Uni (1840-1867),Montréal,LG,1976.

* Les journalistes-démocrates au Bas-Canada (1791-1840),Montréal,LG,1976.

* Les origines de la presse au Québec (1760-1791),Montréal,LG,1974.

La liberté d’expression en Nouvelle-France (1608-1760),Montréal,LG,1974.

FILM:

* Histoire de la presse au Québec, film documentaire, Montréal, Explo Mundo,1975.

FICTION:

* «Villa des Bouleaux» et «Le jeune Debellegarde» dans Au pays des cyclopes de François de Lagrave, Trois-Rivières, Corporation communautaire de St-Michel-des-Forges,1990.

* «La fuite» dans Des mots pour se connaître, Montréal, Fides,1982.

* «Le nom oublié» dans Parli, parlo, parlons, Montréal, Fides,1982.

* Celui qui t’aime, Montréal, LG,1976.

* Le bruissement des coeurs, Montréal, LG,1975.

* Le signe et la tendresse, Montréal, LG,1974.